Aujourd’hui je vous emmène vers l’âge d’or des comédies musicales hollywoodiennes où une photo s’impose immédiatement : un homme souriant, suspendu à un lampadaire sous la pluie, chantant nonchalamment. Cet homme, c’est Gene Kelly.Acteur, danseur, chanteur, réalisateur et chorégraphe de génie qui a révolutionné la danse à l’écran et est décédé il y a tout juste 30 ans cette année.
De Pittsburgh aux scènes de Broadway
Né en 1912 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Eugene Curran Kelly (le nom civil de Gene Kelly) ne se destine pas initialement à la danse. Durant sa jeunesse, il se passionne surtout pour le sport et le football américain. Poussé par sa mère qui inscrit toute la fratrie à des cours de danse, il commence par rechigner avant de se découvrir une véritable fascination pour les arts de la scène.
Gene Kelly jeune
Après des études d’économie, la Grande Dépression frappe sa famille. Pour gagner sa vie, il enseigne la danse et monte des spectacles locaux. Son énergie communicative le pousse rapidement vers New York. Il fait ses débuts à Broadway à la fin des années 1930, avant d’exploser littéralement en 1940 dans le premier de la comédie musicale Pal Joey.C’est le passeport idéal pour Hollywood, qui lui tend les bras.
Un style ancré dans le sol
Gene Kelly et Fred Astaire
Pour bien comprendre la singularité de Gene Kelly, il faut le comparer à son grand contemporain, Fred Astaire.
Fred Astaire incarnait l’élégance suprême, le dandy aérien en queue-de-pie qui semblait flotter au-dessus du sol, héritier direct de la grande tradition du vaudeville. Pour davantage de détails, vous pouvez lire l’article que je lui ai consacré il y a quelques mois dans ce blog.
Gene Kelly,quant à lui, était l’athlète terrien. Il a démocratisé un style plus populaire, vigoureux et ancré dans la réalité. Ses claquettes puisaient autant dans le folklore irlandais que dans le jazz, la danse moderne et le ballet classique.
Gene Kelly voulait que la danse exprime des émotions quotidiennes : la colère, la joie simple d’un ouvrier ou la fougue d’un marin en goguette. C’est lui qui a fait entrer la danse moderne et athlétique dans les studios de cinéma.
Ses partenaires
Tout au long de sa carrière, Gene Kelly a partagé l’affiche avec les plus grandes étoiles de son époque, créant une alchimie magique à chaque film :
Cyd Charisse, sublime partenaire au port altier avec qui il partage un ballet mémorable dans Un Américain à Paris (1951).
Leslie Caron, qu’il découvre et propulse au rang de star internationale dans ce même film.
Judy Garland, amie de longue date et complice de talent dans des films comme Le Pirate (1947).
Rita Hayworth, à ses côtés dans l’inoubliable Reine de Broadway (1944).
Cyd Charisse et Gene Kelly
Ses films à succès
Parmi ses plus grands triomphes au box-office américain, impossible de ne pas citer Un jour à New York (1949). Mais son chef-d’œuvre absolu reste sans conteste Chantons sous la pluie (1952), coréalisé avec Stanley Donen. Ce film, qui brocarde avec tendresse le passage du cinéma muet au parlant à Hollywood, regorge de morceaux de bravoure, à commencer par le numéro éponyme où Gene Kelly, trempé jusqu’aux os, utilise son parapluie comme accessoire de danse pour exprimer le comble du bonheur amoureux.
Chantons sous la pluie : Gene Kelly
Je vous propose de revoir un extrait légendaire de cette séquence mythique de Chantons sous la pluie :
Parmi les audaces techniques les plus marquantes de sa filmographie, Gene Kelly a sans cesse cherché à repousser les frontières de l’immersion.Dans le film Escale à Hollywood (Anchors Aweigh, 1945), il signe l’un des duos les plus surprenants de l’histoire du 7e art en partageant l’écran avec Jerry la souris (de la célèbre série animée Tom et Jerry).
Gene Kelly et Jerry
Initialement, les studios MGM avaient approché Walt Disney pour emprunter Mickey Mouse, mais face au refus de ce dernier, Gene Kelly s’est tourné vers les animateurs William Hanna et Joseph Barbera bien connus pour de nombreux dessins animés courts à l’époque.Pour réaliser cette séquence où le marin américain danse en parfaite harmonie avec le petit rongeur sur le « Worry Song », il a fallu plus d’un an de travail minutieux en post-production.Gene Kelly a dû danser seul face à un sol quadrillé et des repères, calant ses mouvements au millimètre près avant que les équipes ne dessinent et superposent l’animation image par image grâce à la technique de la rotoscopie. Le résultat demeure une merveille d’inventivité et de poésie enfantine.
Je vous propose de revoir ce numéro d’animation et de danse inédit à l’époque :
Les ballets oniriques
Gene Kelly ne se contentait pas de enchaîner les chansons rythmées ; il a profondément transformé la structure narrative des comédies musicales en y introduisant de vastes fresques dansées. Convaincu que la danse pouvait exprimer ce que les dialogues ne parvenaient plus à dire, il a imposé des ballets oniriques d’une grande ambition artistique au cœur de ses films.
Le sommet de cette démarche s’observe dans le final monumental d’Un Américain à Paris, un ballet de près de dix minutes entièrement sans dialogues. S’inspirant des grands peintres impressionnistes et post-impressionnistes français comme Dufy, Renoir, Van Gogh ou Toulouse-Lautrec, ce voyage visuel et sensoriel plonge le spectateur dans un Paris rêvé, aux décors changeants et somptueux, où Kelly et Cyd Charisse racontent une histoire d’amour purement par le mouvement et la musique de George Gershwin. Ce pari audacieux, risqué pour les studios de l’époque, a non seulement conquis le public, mais a aussi ouvert la voie à une écriture cinématographique beaucoup plus poétique.
Gene Kelly et Leslie Caron dans Un Américain à Paris
Les demoiselles de Rochefort en France
Gene Kelly vouait un amour profond à la culture française et à Paris, qu’il considérait comme une source d’inspiration inépuisable. Cet attachement l’a conduit à participer à l’un des joyaux du cinéma français : Les Demoiselles de Rochefort (1967), réalisé par Jacques Demy, avec une partition magistrale signée Michel Legrand.
Dans ce film musical multicolore tourné en plein air, il interprète le rôle d’Andy Miller, un musicien américain de passage. Il y danse et y joue en français (doublé pour les chansons, mais s’exprimant lui-même dans les dialogues en français) aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. Sa présence est un pont magnifique entre Hollywood et la French Musical Touch.
Découvrez l’ambiance unique de sa participation dans le film Les demoiselles de Rochefort :
Un héritage éternel
Disparu en 1996 à l’âge de 83 ans, Gene Kelly a laissé derrière lui une empreinte indélébile. Il a prouvé que la danse au cinéma n’était pas un simple numéro de remplissage, mais un outil narratif à part entière, capable de faire avancer l’histoire et de toucher le cœur des spectateurs du monde entier.
Qui n’a pas rêvé faire comme Fred Astaire, Ginger Rogers ou Gene Kelly dans les comédies musicales hollywoodiennes, se mouvant avec aisance en faisant de petits cliquetis de la pointe de ses chaussures ? Au-delà de la danse et des mouvements effectués par l’ensemble du corps, l’ajout des claquettes apporte une difficulté certaine à l’apprentissage de ce style. Le mélange de technique et de rythmes imposé par l’utilisation des chaussures avec des fers à l’avant et à l’arrière va avec son propre vocabulaire universel en anglais. Nous allons ici répertorier quelques mouvements de base des claquettes (frappes de base) qui correspondent à ces termes techniques anglais bien précis. Si vous voulez des informations générales sur les différents styles de danse à claquettes, je vous conseille de consulter la présentation dans cet article.
Vue d’ensemble et maintien
Lorsque vous dansez avec des chaussures à claquettes aux pieds, vous réalisez inévitablement les frappes de base que de nombreux autres danseurs ont réalisé avant vous. Il s’agit d’un passage obligé. Ces frappes sont certes destinées à produire des sons assimilables à des percussions, mais n’oubliez pas que vous êtes censés danser… Aussi, vos bras ne doivent-ils pas rester statiques le long du corps (sauf, bien entendu, dans le cas d’une orientation spécifiquement claquettes irlandaises). Généralement, le bras opposé au pied qui effectue la frappe est légèrement levé, exactement comme lorsque l’on marche. Restez toujours bien droit et n’oubliez pas de garder la jambe sur laquelle se trouve le poids de votre corps (jambe opposée à celle qui effectue la frappe) légèrement pliée : pas de jambe tendue !
Liste des pas présentés
(par ordre courant de difficulté)
Définition : frappe de la demi-pointe sans poids du corps
La première frappe que vous pouvez réaliser est le touch. Il s’agit d’une frappe simple et brève réalisée en combinant l’action de la cheville et du genou pour abaisser la pointe du pied jusqu’au contact avec le sol, puis en relevant le tout toujours par une action combinée de la cheville et du genou.
1. La pointe entre au contact avec le sol.
2. Elle est aussitôt relevée.
Si vous réalisez un touch avec le pied droit, le poids de votre corps reste tout le temps sur votre jambe gauche : vous êtes en équilibre sur votre pied gauche. On entend 1 son : « clic ».
STEP
Définition : frappe de la demi-pointe avec poids du corps
Le step est réalisé comme un pas (d’où son nom). Le principe est le même que pour le touch, mais au lieu de relever la pointe du pied, vous laissez celle-ci en contact avec le sol et vous faites passer en même temps le poids de votre corps sur la jambe correspondante. Si vous commencez le step avec le poids du corps sur la jambe gauche, vous le finissez avec le poids sur la jambe droite.
On entend 1 son : « clic ».
BRUSH (ou forward brush ou front brush)
Définition : effleurement de la pointe du pied en avant.
Le brush correspond à un mouvement du pied vers l’avant. Vous êtes en équilibre sur la jambe opposée du pied qui va brièvement racler le sol dans un mouvement en arc de cercle vers l’avant. Le contact avec le sol se fait au niveau de la demi-pointe du pied. Ce mouvement est principalement réalisé par l’action du genou. La cheville n’entre en action que brièvement lors du contact avec le sol.
À la fin du mouvement, le pied qui a effectué le brush est en l’air vers l’avant.
On entend 1 son : « chlic ».
BACK BRUSH
Définition : effleurement de la pointe du pied en arrière.
Le back brush correspond à un mouvement du pied de l’avant vers l’arrière. Vous êtes en équilibre sur la jambe opposée du pied qui va brièvement racler le sol dans un mouvement en arc de cercle vers l’arrière. Le contact avec le sol se fait au niveau de la demi-pointe du pied. Ce mouvement est principalement réalisé par l’action du genou. La cheville n’entre en action que brièvement lors du contact avec le sol.
À la fin du mouvement, le pied qui a effectué le brush ne touche pas le sol.
On entend 1 son : « chlic ».
SHUFFLE
Définition : effleurement de la pointe du pied en avant, puis en arrière (brush suivi de back brush).
Le shuffle correspond à la combinaison à suivre d’un brush et d’un back brush.
À la fin du mouvement, le pied qui a effectué le shuffle ne touche pas le sol.
On entend 2 sons : « chlic chlic ».
HOP
Définition : saut sur la demi-pointe sur le pied d’appui
Le hop correspond à un petit saut simple. Le talon ne doit pas être posé au sol ni pour donner l’impulsion, ni pour atterrir.
1. On effectue un petit saut.
2. Et on atterrit sur la demi-pointe.
Vous ne posez pas l’autre pied au sol, ni le talon. On entend 1 son : « clic ».
LEAP
Définition : saut sur la demi-pointe d’un pied sur l’autre
Le leap correspond à un petit saut simple tout en changeant de jambe. Le talon ne doit pas être posé au sol ni pour donner l’impulsion, ni pour atterrir.
1. On effectue un petit saut sur un pied.
2. Et on atterrit sur la demi-pointe de l’autre pied.
Vous posez toujours un pied à la fois au sol. On entend 1 son : « clic ».
HEEL
Définition : pose du talon à plat
Le heel consiste à poser le talon sur le sol.
1. Le talon n’est pas posé.
2. On pose le talon.
On entend 1 son : « clac ».
STAMP
Définition : pied à plat avec poids du corps dessus
Le stamp correspond à une frappe avec le pied plat en portant le poids du corps sur ce pied. À la fin de la frappe, il est possible de rester en équilibre sur le pied qui vient de faire le stamp.
1. On effectue un petit saut.
2. Et on atterrit sur la demi-pointe.
On entend 1 son : « poum ».
STOMP
Définition : pied à plat sans poids du corps dessus
Le stomp correspond à une frappe avec le pied plat en restant en équilibre sur l’autre pied. À la fin de la frappe, il est possible de lever le pied qui vient de faire le stomp sans tomber…
1. On effectue un petit saut sur un pied.
2. Et on atterrit sur la demi-pointe de l’autre pied.
On entend 1 son : « pam ».
TOE
Définition : piqué de la pointe du fer avant
Le toe consiste à poser la pointe du fer avant sur le sol.
1. Le pied n’est pas posé.
2. On pose la pointe.
On entend 1 son : « plic ».
BALL ou BALL TAP
Définition : talon au sol, pose de la demi-pointe
Baisser la demi-pointe pour frapper le sol sans le poids du corps, et la soulever pour continuer.
1. Le talon est au sol…
2. On pose la demi-pointe.
3. On peut la relever.
On entend 1 son : « clic ».
Ce même mouvement existe en baissant la demi-pointe avec le poids du corps. Il se note de la même façon (ball) ou est noté ball+. En fonction de la frappe qui suit, il est facile et surtout logique de savoir si on met ou non le poids du corps.
SCUFF ou HEELSCUFF
Définition : talon de volée
En descendant le genou, la partie arrière du talon effleure le sol vers l’avant.
1. On prépare la frappe.
2. Le talon touche le sol et la jambe continue.
On entend 1 son : « clac ».
DIG ou HEELDIG
Définition : piqué du fer arrière
Commencer talon en l’air et poser la partie arrière du talon avec le poids du corps (on laisse alors le pied au sol) ou sans le poids du corps (on soulève alors le pied pour continuer).
1. Préparation en avant.
2. Le talon finit sa course au sol.
On entend 1 son : « cloc ».
FLAP
Définition : brush suivi d’un step
Il y a deux sons en un seul mouvement : en descendant le genou, la plante du pied (ou demi-pointe) effleure le sol (c’est le brush) avant d’être posée au même endroit avec le poids du corps. Pour signifier les deux sons, prononcer le mot flap comme ceci : « FEUL-LAP ».
1. Le brush…
2. Suivi du step.
On entend 2 sons : « chlic – clac ».
SLAP
Définition : brush suivi d’un tap
Il y a deux sons en un seul mouvement : en descendant le genou, la plante du pied (ou demi-pointe) effleure le sol (c’est le brush) avant d’être posée au même endroit sans le poids du corps. Pour signifier les deux sons, prononcer le mot slap comme ceci : « SEUL-LAP ».
1. Le brush…
2. Suivi du tap.
On entend 1 son : « chlic – clic ».
BACKFLAP
Définition : backbrush suivi d’un step
Il y a deux sons en un seul mouvement : en relevant le genou, la plante du pied (ou demi-pointe) effleure le sol (c’est le brush) avant d’être posée au même endroit avec le poids du corps.
1. Le brush…
2. Suivi du step.
On entend 2 sons : « chlic – clac ».
Musique
Vous pouvez danser avec des claquettes sur de nombreuses musiques étant entendu que vous devenez musicien-percussionniste avec vos chaussures aux pieds… Le jazz est toutefois un type de musique de prédilection pour les danseurs à claquettes.
Tous ceux qui aiment la danse de style « Broadway », la comédie musicale ou le cabaret connaissent forcément Bob Fosse, un danseur, chorégraphe et réalisateur dont la patte visuelle est parfaitement identifiable. Le grand public connaît son œuvre sans forcément connaître le personnage par le biais de films comme « All that jazz » (« Que le spectacle commence » en version française) ou encore « Cabaret ». Je vous invite, par cet article, à découvrir un chorégraphe qui a su apporter sur scène et à l’écran une esthétique de danse toute particulière que j’aime beaucoup.
Robert « Bob » Fosse est né en 1927 à Chicago et a très tôt pris des cours de danse, au point de faire sa première représentation en public à l’âge de 13 ans avec Charles Grass, formant le duo des Riff Brothers. Après la Seconde Guerre mondiale, il apparait régulièrement sur scène et dans quelques shows télévisés dont The Colgate Comedy Hour pour lequel il a été sollicité par Dean Martin et Jerry Lewis (j’ai écrit un article sur ces deux lascars dans ce blog, vous savez quoi faire pour en savoir plus !).
Il fait sa première apparition au cinéma en tant qu’acteur-danseur pour la MGM dans le film « The Affairs of Dobie Gillis » (« Casanova Junior » en français) en 1953 avec Debbie Reynolds où il tient l’un des seconds rôles. Il est d’ailleurs amusant de remarquer que le titre phare du film « All I Do Is Dream of You », un morceau écrit en 1934, avait été chanté l’année précédente par cette même Debbie Reynolds dans un film culte nommé « Chantons sous la pluie » (scène où elle sort d’un gâteau d’anniversaire). Mais revenons à notre ami Bob qui a aussi tourné à l’époque dans « Give a Girl a Break », mais tout particulièrement « Kiss Me Kate » dont une scène qu’il a dansée et chorégraphiée a mis le projecteur des producteurs de Broadway sur lui. À partir de 1954, il vogue entre les spectacles sur scène, pour lesquels il sera récompensé de nombreux Tony Awards (pour « Pippin » par exemple), et le cinéma. Ses chorégraphies sont variées, fluides et décalées ; elles mêlent souvent jazz, cancan, charleston, simple marche et des danses n’ayant rien à voir les unes avec les autres. Cela étant, son style tellement particulier est aujourd’hui devenu synonyme de cabaret et de Broadway avec l’utilisation du chapeau et les frétillements des mains. Petite anecdote : Bob Fosse racontait que s’il avait eu l’idée d’utiliser un chapeau dans ses chorégraphies, c’est à cause de sa calvitie qui a très tôt fait son apparition.
Je me concentre sur sa carrière cinématographique par la suite, car c’est ce qu’il reste de plus facile à visionner aujourd’hui en DVD ou streaming pour vous rendre compte par vous-même ou en savoir plus. En 1969, Bob Fosse tourne « Sweet Charity » avec Shirley MacLaine jouant le personnage principal d’une taxi girl qui se fait arnaquer par son petit ami. Il s’agit d’un remake musical et dansé des « Nuits de Cabiria » de Federico Fellini. Autant dire que l’histoire est parsemée de scènes atypiques par rapport au cinéma grand public. Je vous reparlerai de ce film en fin d’article sous un angle plus actuel, vous verrez pourquoi.
Un film incontournable réalisé en 1972 est « Cabaret » avec Liza Minnelli. Bob Fosse obtint 8 Oscars dont celui du meilleur réalisateur pour ce film. À Berlin, au début des années 30, le meneur de jeu du cabaret le Kit Kat Klub accueille la clientèle, milliardaires et escrocs. Un jeune étudiant anglais s’installe à la pension Schneider et fait la connaissance de sa voisine, exquise et aguicheuse, du nom de Sally Bowles, qui chante au cabaret dont les chansons et les danses ponctuent le film sur un fond de montée du nazisme et du national-socialisme. Certaines postures de Liza Minnelli ne sont pas sans rappeler celles de Marlène Dietrich dans le film de 1930 l’Ange Bleu, qui partage la même ambiance sociale. Ce film est en réalité inspiré de la comédie musicale « Cabaret » de John Kander et Fred Ebb, qui connut un grand succès à New York en 1966. Et si vous entendez la bande son du film, vous reconnaîtrez forcément des titres qui ont été maintes fois repris dans des spectacles sur scène.
En 1974, Stanley Donen réalise une adaptation du « Petit Prince » de Saint-Exupéry, reprenant l’histoire du roman ponctuée de numéros musicaux. Bob Fosse crée une partie des chorégraphies du Petit Prince et y joue le serpent dont la gestuelle et les attitudes inspirent fortement Michael Jackson dès la sortie de son album Off The Wall en 1979. Dans une scène de quatre minutes, nous y voyons la majorité de tout ce qui fait le style esthétique de Michael Jackson — mais ne serait-il pas plus exact de dire le style Bob Fosse ? Je vous laisse plutôt en juger par vous même :
Bob Fosse réalisa un autre de ses films d’exception en 1979 sous la forme de « All That Jazz »/ »Que le spectacle commence ». Inspiré de la vie personnelle de Bob Fosse qui avait fait un malaise cardiaque quelques mois avant le film, il raconte l’histoire d’un metteur en scène et chorégraphe qui veut faire de son prochain spectacle à Broadway l’apothéose de sa carrière. Le personnage vogue entre le travail de casting et de préparation du spectacle et ses excès d’alcool, d’amphétamines et les conquêtes féminines et son cœur finit par céder à ce rythme effréné. Ses pensées se mélangent et prennent la forme d’une comédie musicale, un ultime spectacle où la Mort lui apparait de nouveau pour enfin l’accueillir. Ce film a reçu la Palme d’or à Cannes en 1980.
Le dernier film tourné par Bob Fosse fut « Star 80 ». Un film de type biopic qui ne parle pas de danse. L’artiste sera emporté par une crise cardiaque 4 ans plus tard à seulement 60 ans.
De nombreux de nos contemporains (dont les plus jeunes) ont récemment découvert Bob Fosse par le biais d’une de ses chorégraphies iconiques, « The Rich Man’s Frug » issue du film « Sweet Charity » et reprise de centaines de fois dans l’application TikTok dans tous les pays du monde. Le « Rich Man’s Frug » est une chorégraphie comportant trois parties (« The Aloof »/la réservée, « The Heavyweight »/le poids lourd et « The Big Finish »/le grand final) qui met en valeur le style chorégraphique distinctif de Bob Fosse et en particulier son utilisation créative de poses, de gestes et de mouvements de bras caractéristiques. Je vous propose ci-dessous l’ensemble de ces trois scènes, dont on reconnaitra aisément l’univers sixties des mouvements (aussi repris dans les films d’Austin Powers). Personnellement, je ne m’en lasse pas !
Et puis, pour la forme, voici un lien vers l’une des multiples reprises disponibles sur TikTok. En l’occurrence, je vous propose celle de Sarah « Smac » McCreanor, une excellente danseuse australienne que j’ai découverte dans l’émission « So You Think You Can Dance » (j’ai déjà parlé de cette émission dans ce blog), il y a quelques années. Et si vous relevez le challenge en vidéo, n’hésitez pas à me faire passer le lien pour que je voie cela !
Voilà qui conclut cette présentation d’un artiste qui a marqué l’histoire du cabaret et de la culture populaire sans que le grand public ne connaisse réellement suffisamment son nom à mon avis. J’espère avoir quelque peu remédié à cette situation et j’espère que vous saurez partager cet article autour de vous si vous avez appris des choses !
Dans le domaine des danses en couple, il est une discipline qui est souvent associée aux traditionnels foxtrot, lindy hop ou autres danses pratiquées sur du jazz. Je fais référence ici à ce que beaucoup appellent « les claquettes » et que d’autres préfèrent voir appeler « la danse à claquettes », traduction directe de son nom en anglais « tap dance ». Car « faire des claquettes », ce n’est pas simplement faire de petits sons avec ses pieds, c’est plutôt mêler danse et percussions. C’est ce que je vous propose de découvrir aujourd’hui…
La danse à claquettes est issue de plusieurs pratiques allant du « clogging » anglais (sorte de gigue dansée en sabots à l’origine) aux danses et rythmes africains en passant par la danse traditionnelle irlandaise. Que ce soit du côté des origines européennes ou de celui des origines africaines, on retrouve un point commun dans le fait que les gens accompagnaient leur travail du son de leurs pieds frappés au sol. Bien sûr, entre ces cultures, les rythmes sont différents et les traditions aussi. C’est cela qui a initié la diversité des pas que nous connaissons aujourd’hui. La rencontre s’est opérée à la fin du XIXe siècle et au début des années 1900 aux États-Unis avec, d’un côté, les ouvriers émigrants venant d’Angleterre et d’Irlande et, de l’autre côté, les esclaves africains.
Les mouvements qui scandaient le travail passèrent de la vie à la scène par le biais des « Minstrel Shows » dont j’ai parlé dans un autre article de ce blog. Les Blancs grimés en Noirs faisaient le spectacle en imitant ces derniers. Jusque dans les années 1920, les frappes sont faites grâce à des semelles en bois en deux parties (sur des chaussures de cuir), mais devant l’usure rapide de celles-ci, on les remplaça définitivement par des plaques de métal, les fers (ou taps en anglais), qui pour autant sont de nos jours en aluminium. Pour l’anecdote, notez que les moins fortunés fixaient des capsules de bouteille sous leurs chaussures à la place de vrais fers. Les spectacles de danse à claquettes devinrent de plus en plus techniques et étonnants grâce au Vaudeville et à la concurrence entre les diverses salles de spectacle aux USA. Le mélange des styles de numéros (comiques, acrobaties, danseurs de caractère, etc.) contribua à l’enrichissement des numéros de danse à claquettes par l’importation de nouveaux mouvements de plus en plus spectaculaires et innovants. À cette époque, il était courant de se faire chorégraphier un numéro de claquettes par un professionnel et de l’apprendre en cours particuliers avant de le produire en spectacle. De cette période, on connaît de nombreux artistes comme Bill Robinson, Honi Coles, John Bubbles, les Nicholas Brothers, etc.
La danse à claquettes devint de plus en plus populaire avec les comédies musicales hollywoodiennes à partir des années 30 où des vedettes comme Fred Astaire, Ginger Rogers, Gene Kelly, Ann Miller, Eleanor Powell ou Shirley Temple firent de cette discipline une part essentielle du rêve américain. Ils y ajoutèrent des pas de danse classique et la musique jazz était omniprésente dans leurs numéros qui comportaient aussi du chant. De nombreux films cultes de cet âge d’or sont connus de tous comme « Top hat » (1935), « Broadway Melody of 1940 », « Chantons sous la pluie » (1952), etc.
Comme d’autres manières de danser de l’époque swing, la danse à claquettes passa de mode avec la déferlante du rock’n’roll après la Seconde Guerre mondiale. Mais le renouveau est là de nos jours grâce au retour de l’attrait du public pour les danses traditionnelles et folkloriques (comme les danses irlandaises) ainsi que pour le jazz et le swing. Je dirais, pour simplifier, qu’on parle aujourd’hui de deux principales catégories dans la pratique de la danse à claquettes :
les claquettes irlandaises où l’essentiel de l’attention du danseur est portée sur les frappes et que l’on retrouve dans des spectacles comme « Lord of the Dance » ;
les claquettes américaines (au début correspondant au style Broadway et comédies musicales où les postures et déplacements de tout le corps sont importants) qui, de nos jours, correspondent à tout ce qui n’est pas inclus dans les claquettes irlandaises.
Il est intéressant de noter des pratiques spécifiques de la danse à claquettes comme le soft shoe, pratique légère, classe et dansée en chaussures sans fers (le sol est alors parsemé de sable pour qu’il y ait tout de même du bruit…) ou encore le hoofing aux frappes très intenses et complexes. Aux danseurs à claquettes, il est aussi possible d’associer, pour être complet, les percussionnistes qui font feu de tout bois… ou plutôt bruit de tout support comme les artistes du spectacle « Stomp » puisqu’ils incorporent des claquettes dans leurs numéros. Plus récemment, des artistes comme Gregory Hines ou Savion Glover (photo ci-contre) ont continué ou continuent de faire rêver le public américain (et les autres !) par leur dextérité et de faire évoluer la discipline. Ce dernier fait en particulier partie de ceux qui mêlent les rythmiques hip-hop à la pratique de la danse à claquettes. On voit aussi des innovations en terme de spectacle avec les « Tap Dogs », ces Australiens qui sont loin du sage costume et du chapeau melon de Bill « Bojangles » Robinson dans les années 30… Ce danseur à claquettes a marqué l’histoire à tel point que le « Tap Dance Day » (la journée de la danse à claquettes) est fêté aux États-Unis depuis 1989 le jour de son anniversaire, le 25 mai.
Les claquettes sont liées aux danses en couple de plusieurs manières. Tout d’abord, nous avons tous en tête l’image de Fred Astaire dansant avec ses partenaires (voir un autre de mes billets sur le sujet dans ce blog) à Hollywood où, entre deux refrains et trois pas de foxtrot, les danseurs s’adonnent à des rythmiques qui semblent sortir naturellement de leurs semelles. On a même pu assister à des claquettes sur patins à roulettes dans « Shall we dance » (« L’Entreprenant Monsieur Petrov » en version française et non le film avec Richard Gere que je vous présente dans un autre article). Donc voilà, la danse à claquettes est particulièrement esthétique en couple, il est simplement dommage que cette manière de les pratiquer ait un peu été oubliée de nos jours. Mais il est à noter que la danse à claquettes continue de se développer non seulement sous l’impulsion d’Américains, mais aussi d’Européens dont certains ont acquis une réputation excellente. Second argument, plus technique, le développement des qualités de danseur à claquettes permet d’améliorer son équilibre, son aisance et ses jeux de jambes dans les danses à deux comme le rock, le lindy hop,… et même la valse. Je l’ai moi-même vérifié dans ma manière de danser les danses à deux au fil de mon apprentissage de la danse à claquettes et je recommande à tout le monde de faire au moins une année (voire deux) de claquettes pour cela. Et (qui sait ?) peut-être ne pourrez-vous plus vous en passer, tout comme le petit manchot empereur du film d’animation « Happy Feet » (2005) qui ne peut s’empêcher de faire naturellement des claquettes depuis sa naissance…