Dansant sur le titre swing « Dinah », voici une femme apparemment vêtue d’une manière commune qui danse sur le pont d’un navire de croisière sous le regard des passagers médusés. Qu’a donc de particulier cette danse ? La réponse se fait vite voir : Melissa Mason (c’est le nom de cette danseuse) fait faire des moulinets à 360 degrés à ses jambes tendues. À certains moments, la position dépasse même le grand écart ! Mélangeant des pas plus classiques de claquettes à ses prouesses physiques, elle semble avoir des jambes littéralement faites de caoutchouc. La scène se déroule dans le film « The Yacht Party » en 1932, un court-métrage de la Warner dont la musique est jouée par Roger Wolfe Kahn and His Orchestra. Pour la petite anecdote, si l’on fait bien attention on peut voir le célèbre Artie Shaw jouer de la clarinette bien qu’il ne soit pas cité dans le générique. Voici, ci-dessous, la vidéo de la scène que je décris.
Melissa Mason pratique la danse excentrique ou, pour être plus exact, un type de danse excentrique. Il paraît qu’elle pouvait se brosser les cheveux avec un pied et se balancer entre deux troncs d’arbres, un pied sur chacun. À l’époque, on la surnommait Toe-zan (jeu de mots sur Tarzan mais avec le mot « Toe », orteil à la place du « Tar ») de la Jungle.
La danse excentrique correspond à une certaine manière de se mouvoir. Bien souvent, un style de danse excentrique correspond à des capacités physiques spécifiques. Parmi ces styles, on trouve le snake hips (les hanches de serpent), le shimmy, la legomania (ou le rubberlegging, les jambes en caoutchouc), le kazatchok, des numéros d’acrobaties, etc. Le talent de Melissa Mason correspond donc à la catégorie « legomania » où les artistes mettent en valeur leurs jambes dans des numéros fascinants. Tout cela se rapproche bien du contorsionniste de nos jours (où les aspects relatifs à la danse ne sont plus réellement présents). En fait, dans les années 30, les journaux qualifiaient de danse excentrique tous les styles de danse nouveaux ou inconnus du grand public.
À notre époque, certains adeptes de hip-hop croient avoir inventé un style particulier, mais savent-ils que le passé regorge d’artistes faisant de la danse excentrique qui ont déjà inventé beaucoup de choses ? Cela va du fait de tourner sur la tête ou sur le dos, jusqu’à certains déhanchés et des effets visuels saisissants. Cependant, certains de nos danseurs de hip-hop contemporains adeptes des locks et des pops savent mettre en valeur leur talent. Prenez par exemple, Robert Muraine, l’un des candidats de la saison 4 de So You think You Can Dance. Quand vous le voyez bouger, c’est un mélange d’étonnement, de curiosité et d’émerveillement qui se fait à vous. Je dirais même que ça en est parfois effrayant. Mais, dans les années 30, on aurait bel et bien appelé cela de la danse excentrique ! Voyez donc ci-dessous.
Il y a quelques jours, j’assistais aux finales d’une compétition de danse sportive et le moment de la pause arriva. Les organisateurs avaient prévu un entracte où le public pouvait danser librement sur le parquet où évoluaient les compétiteurs quelques minutes plus tôt. Les belles robes scintillantes et les chaussures aux semelles en cuir retourné cèdent la place à une foule plus sobre d’amateurs de danse. La musique donnait déjà depuis quelques minutes et les couples s’amusaient en effectuant quelques pas de valse quand je remarquai deux couples qui ne semblaient pas dans la même dynamique. En regardant de plus près, je m’aperçus que ces couples dansaient des figures de paso doble. Étaient-ils sourds pour ne pas reconnaître une valse ? Pas du tout ! C’étaient des compétiteurs qui répétaient leur enchaînement, ayant revêtu un kimono noir pour rester discrets. Or, ils n’étaient pas discrets puisque gêner les autres danseurs qui circulaient autour de la piste et remonter la ligne de danse ne les dérangeait apparemment pas. D’où quelques collisions avec les autres qui ne s’attendaient pas à voir un obstacle apparaître devant eux. Il se peut que l’on puisse leur accorder l’excuse de leur jeune âge (ils étaient dans la catégorie « youth » : de 14 à 18 ans), mais je crois que leur enseignant ne leur a probablement pas appris la politesse et le respect des autres. Peut-être aussi se croyaient-ils supérieurs aux autres danseurs qui ne participaient pas à la compétition, mais qui avaient bel et bien payé leur billet d’entrée et donc participé au fait que la compétition puisse être financée.
Le savoir-vivre sur une piste de danse est essentiel à la bonne entente entre les danseurs (et danseuses évidemment) tous niveaux confondus. Sur la piste de danse, un compétiteur n’a pas plus de valeur qu’un débutant. L’intérêt d’une piste de danse partagée par plusieurs couples réside dans le fait que tout le monde écoute la même musique et que, pour autant, chacun danse différemment. Lorsqu’un morceau de swing passe dans les haut-parleurs, il n’est pas impossible de voir ici un couple qui danse le quickstep, là un couple qui danse le rock et là un autre couple qui danse le lindy hop ou le balboa. Tout le monde se partage la piste en bonne entente : les danses progressives à l’extérieur et suivent la ligne de danse qui fait le tour, les danses stationnaires au centre. Une soirée dansante est un hymne à la différence et à la tolérance. Mais de là jusqu’à tolérer qu’on ne respecte ni un minimum de règles de savoir-vivre et de respect, ni le style de musique que l’on entend, il y a un grand écart qu’il ne faut pas faire. Dans ce cadre respectueux, chacun peut, par sa danse, interpréter la musique comme il l’entend. Chaque danseur est différent. D’ailleurs, dans un couple de danse, avez-vous remarqué que les deux partenaires sont même de sexes différents ?
Pour terminer sur ces considérations autour de la politesse, du savoir-vivre entre danseurs partageant un même espace et du respect des autres, je laisse à votre appréciation la scène vidéo ci-dessous. Il va sans dire que ce comportement est inacceptable (même entre mari et femme…), mais je voudrais aussi rappeler à tout le monde que la danse est avant tout un plaisir. Si elle est un plaisir pour vous, elle doit aussi être un plaisir pour votre partenaire et pour les autres danseurs qui vous entourent (dans la vidéo les voisins de la scène semblent très embarrassés).
Il n’est pas fréquent que l’on puisse précisément identifier un lieu précis comme l’origine d’une danse en particulier. Qui peut dire où la java s’est développée ? Il y a cependant des exceptions. On peut, par exemple, remonter au Palladium pour le style de salsa portoricaine du même nom. Il s’agit d’une salle de bal à deux étages ouverte à New York en 1946 où de nombreux orchestres de musique latine se sont produits, favorisant ainsi le développement du style de mambo/salsa dit « Palladium » (on 2). Alors que je viens de finir la traduction de l’autobiographie de Frankie Manning, j’ai pensé vous parler d’un autre lieu, le lieu fétiche de Frankie : le Savoy Ballroom.
Le Savoy Ballroom est une salle de danse ouverte de 1926 à 1958 située dans le quartier de Harlem à New York. Le Savoy était tout en longueur : il s’étendait sur un pâté d’immeubles tout entier, de 140th Street à 141st Street sur Lenox Avenue. Il était large d’environ 23 mètres : 1122 mètres carrés au total ! Le Savoy avait deux estrades d’orchestre côte à côte, ce qui permettait l’organisation de batailles d’orchestres mémorables entre des big bands de renom (Chick Webb, Benny Goodman, Count Basie, etc.). La piste de danse en bois d’érable occupait la moitié de l’espace. Il y avait une balustrade le long du bord. Des tables et des chaises confortables séparées par des cloisons amovibles en bois se trouvaient derrière la rambarde. L’autre moitié de la pièce était constituée d’un espace-bar décoré d’or et de bleu. J’espère obtenir les droits de reproduction d’une photo de l’intérieur, vide, du Savoy pour illustrer l’édition française de l’autobiographie de Frankie Manning (parmi une trentaine d’autres photos rares).
C’est dans cet environnement motivant que s’est développé le lindy hop en évoluant selon les personnalités des danseurs fréquentant le Savoy à partir du breakaway, du charleston et des autres danses pratiquées dans les années 1930. Les danseurs du Savoy se firent remarquer à l’extérieur de la salle lors de compétitions organisées régulièrement comme le Harvest Moon Ball. Se structurant petit à petit sous l’égide d’Herbert « Whitey » White, les Savoy Dancers devinrent les fameux Whitey’s Lindy Hoppers que l’on rencontra dans des spectacles ou des films comme « Hellzapoppin' » en 1941. Ce groupe de danseurs est à l’origine du lindy hop (que l’on qualifie parfois de « Savoy style ») et de nombreuses innovations ont été faites par eux dans ce domaine (acrobaties, danse en formation, position vers l’avant et dans le sol, twist de la danseuse, etc.). Cette ambiance propice à l’inventivité et l’expression qu’apporta le Savoy fut pour une bonne partie derrière tout cela.
Il faut bien avouer que, de nos jours, des lieux comme cela n’existent plus. Ils ont été en partie remplacés par les écoles de danse, pour une autre partie par les soirées dansantes organisées ça et là (y compris dans des dancings) et pour une autre partie par les festivals, stages ponctuels ou compétitions. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un lieu en particulier qui puisse prétendre rivaliser avec ce type d’établissement proposant à la fois un espace, de la musique live et une ambiance provoquant une réelle émulation. Mais les temps changent. À l’époque du Savoy, l’essentiel des distractions après une bonne journée de travail était centré autour des salles de danse et des salles de spectacle. Aujourd’hui, il y a la télé avec ses innombrables chaînes, la Wii avec sa manette à tout faire et l’ordinateur avec ses sites Internet de tout acabit (dont ce merveilleux blog
). À chacun de choisir… Pour en savoir plus sur le Savoy, ne manquez pas la sortie de l’édition française de l’autobiographie de Frankie Manning chez Ch. Rolland Éditions à la fin du mois d’avril 2009 !
Là où la tektonik/electro-dance comporte essentiellement des mouvements de bras et de rares jeux de jambes, le jump style est tout à l’opposé : on n’y bouge que les pieds. Cette mode a commencé de se diffuser un peu comme la tektonik, via des vidéos Internet. Un jumper (ce serait un certain Patrick Jumpen…) s’est filmé devant son garage à bondir dans tous les sens (le gars de la tektonik s’était filmé dans son garage…) et la vidéo a été vue et les mouvements copiés. On constate que la musique utilisée est plus « dure », plus « techno » que celle de la tektonik (plus « dance music »). On pratique beaucoup le jump style dans le Nord de la France (et de l’Europe) dans des boîtes de nuit sur une techno qui pilonne : chaque temps est bien marqué par des basses énergiques (et on n’entend presque que cela à mon goût). Les soirées jump peuvent rassembler jusqu’à 25000 personnes qui sautent comme des kangourous à qui mieux mieux. D’ailleurs, le nom vient de l’anglais « jump » (sauter) et « style » (euh… style !). Je mets ci-dessous une vidéo issue de Youtube où l’on voit le (fameux ?) Patrick Jumpen danser sur une musique qui n’est encore pas trop violente par rapport à ce qu’on entend dans certaines raves (où l’on danse aussi le jump style).
Comme la musique, l’allure de la danse est moins bon enfant que la tektonik. L’idée est de sauter en rythme sur les basses. Mais la difficulté arrive quand le danseur commence à tourner sur lui-même. Il faut de l’endurance : après quelques minutes le danseur est déjà bien essoufflé… On y fait des kicks sur place et on y retrouve parfois quelques similitudes avec les claquettes (quelques « figures » en portent le nom). Quand les amateurs de jump style se mettent à danser sur un même enchaînement sur une même rangée, cela fait un peu penser aux claquettes irlandaises. À part ces petits aspects un peu techniques, on danse toujours en solo…
Malheureusement, le jump style est aussi pratiqué par des groupes de jeunes extrémistes, attirés par un aspect défouloir violent. Cela ne signifie pas que tous les danseurs de jump style aient cette manière de voir les choses, mais il faut quand même le savoir. Ceux qui ont vu les saisons passées de l’émission So You Think You Can Dance ont pu voir un hurluberlu cagoulé se présenter aux castings initiaux et danser le jump style : il a été rapidement recalé… Pour conclure, je dirais juste que, personnellement, je trouve que les qualités esthétiques cette danse qui fait un peu penser au pogo des punks (mais sans la bousculade) ne se voient que lorsque c’est bien fait (comme pour la tektonik). En tout état de cause, je ne suis pas sûr de tous ces danseurs (principalement des garçons) soient de jolis jumpers (je vous laisse méditer là-dessus en regardant l’image ci-contre).
Contrairement à ce qui se passe dans certains pays (dont l’Italie ou certains états des USA), en France, les activités scolaires ne prévoient pas d’une manière standard l’apprentissage de la danse en couple. En maternelle ou en primaire, il y a des dispositions pour des activités corporelles où l’on peut inclure la danse en solo (beaucoup d’entre nous se souviennent avoir un jour fait une chorégraphie collective pour la kermesse de fin d’année de l’école…). Cela développe les capacités psychomotrices des enfants. C’est très bien, mais la danse en couple apporte aussi un aspect relationnel intéressant pour leur développement. Cet aspect se situe au niveau des enfants entre eux (rapports garçon-fille et éventuellement entre plusieurs classes), mais aussi au niveau des relations entre les élèves et les adultes.
Je me souviens qu’à une époque j’enseignais le rock dans le contexte d’un collège. Ce n’est pas l’établissement qui m’avait engagé (la danse en couple n’était évidemment pas au programme…), mais c’était le foyer qui avait fait appel à mes services. Le cours se déroulait dans la salle polyvalente du collège et c’est là que se regroupaient les élèves de 4e ou 3e volontaires à l’heure de midi. Quelques profs s’étaient aussi joints à nous. La manière d’enseigner à des ados de cet âge est différente par rapport aux adultes ou aux enfants. Tous d’abord, les relations entre les garçons et les filles se rapprochent de celles des adultes, mais pas tout à fait (ils ont encore du mal à gérer leurs émotions) et en plus ils sont tellement pleins d’énergie et rodés à la mémorisation qu’ils apprennent très vite.
Il faut donc s’assurer que les élèves comprennent bien que ce n’est que de la danse et qu’ils peuvent se toucher sans rougir, qu’ils ne s’ennuient pas durant le cours, qu’ils soient bien encadrés dans leur progression (peu d’improvisation pour eux pour démarrer) et qu’ils aient un objectif en vue (un petit spectacle ou une fête par exemple). Je me rappelle que le premier cours a été l’occasion d’une certaine gêne de la part des élèves quand arrivait leur tour de danser avec l’un de leur professeur. En effet, la situation était inhabituelle car faire ami ami avec un enseignant n’est pas forcément courant. Surtout quand il vient de lui mettre un 3/20 en mathématiques… Cela dit, au bout de quelques semaines, en arrivant pour donner le cours, je voyais avec plaisir certains qui répétaient leur enchaînement chorégraphique dans la cour et de grandes discussions se lancer entre les élèves et leurs professeurs sur la technique de danse et les profs n’avaient pas toujours raison cette fois. Devant la danse, tout le monde était sur le même pied (si je puis dire…). Ce cours de danse n’était pas resté dans une bulle hors du temps et de l’espace, il débordait vers le reste du collège.
Le récit de cette expérience aura, je l’espère, donné des idées à certains responsables d’établissement. Ce n’est pas une solution aux jours de grève (car il faut quand même quelqu’un pour montrer les pas de la danse) mais c’est une bonne idée à étudier. Je ne peux m’empêcher de penser que si j’avais commencé la danse en couple à l’école j’aurais eu moins de travail et de peine pour atteindre mon niveau actuel. Et je sais ne pas être le seul dans ce cas.
Imaginez que vous vous soyez trouvé le 15 janvier 2009 à 11 heures du matin à attendre votre train dans la gare de Liverpool Street à Londres. Tout à coup, après une annonce tout à fait banale, voici qu’une musique entraînante sort des haut-parleurs de la gare. À côté de vous, deux personnes se mettent à danser à droite, puis trois à gauche, puis cinq derrière vous, puis… presque toute la gare se met à faire les mêmes mouvements de danse ! Hip-hop, twist, jerk, valse, tout y passe ! Vous n’en croyez pas vos yeux. La musique s’arrête et toute la foule des danseurs se disperse. Une hallucination créée par votre passion de la danse ? Non, pas du tout, cela s’est bel et bien passé. Regardez donc ce que cela donne…
Vous l’avez deviné aux dernières secondes, cette vidéo est un spot pour l’opérateur de téléphonie T-Mobile. Mais il n’en est pas moins vrai que les usagers de la gare qui n’étaient pas dans le coup ont été bien surpris puisque le tournage a réellement été fait dans la gare en question en matinée. Pour la petite histoire, ce spot a nécessité 8 mois de travail et l’implication de 350 danseurs. Les danseurs (les 350 et, on le voit, les quelques amateurs qui s’y sont joints tant bien que mal) ont ainsi dansé en pleine gare pendant plus de deux minutes, face à des vrais voyageurs à la fois surpris et enchantés. Des caméras cachées dans la gare filmaient les réactions des usagers. Cette pub vient s’inscrire dans la nouvelle campagne « Life’s for sharing » (la vie est faite pour partager) de T-Mobile. Elle a été diffusée pour la première fois lors du Celebrity Big Brother sur Channel 4 le samedi soir suivant, moins de 48 heures après le tournage.
Personnellement, j’adorerais qu’un événement dansé dans ce genre arrive en vrai et pas que pour les besoins d’une publicité. De nos jours, on appelle cela un « happening » (terme à l’origine utilisé seulement par des artistes pour prendre une photo unique par exemple). Des organisations comme Improv’ Everywhere s’en sont fait une spécialité. Ils organisent des happenings un peu dans le même genre (ils doivent être la source de l’idée de la pub de T-Mobile) comme des immobilisations collectives (plus faciles à faire) ou le fait que tout le monde ouvre son parapluie simultanément. Certaines organisations regroupent leurs participants par des SMS (on appelle cela des « Flash Mobs »). Admettez que si des événements de danse collective similaires arrivaient un peu partout de temps en temps, la danse illuminerait sûrement les jours de tout un tas de personnes qui n’en voient jamais.
Je l’admets, une traduction unique comme celle que je vous ai faite rend difficilement le sens du texte… d’autant plus qu’il y a beaucoup de sous-entendus basés sur des jeux de mots. Si, effectivement, le sens premier fait référence à un jeune homme qui flatte une demoiselle (c’est elle la fleur de chèvrefeuille) et qu’il lui dit qu’elle n’a qu’à lui demander (« touche ma tasse [de sucre] ») pour avoir tout ce qu’elle souhaite dans la vie, il y a beaucoup de sous-entendus. Des allusions osées sont manifestement faites dans cette chanson… La « tasse » du garçon peut être autre chose, le miel qui coule peut aussi prêter à interprétation. Et encore, je vous passe les subtilités de vocabulaire utilisées dans cette chanson. D’ailleurs, si vous en avez l’occasion, je vous conseille de chercher les multiples significations des mots utilisés dans un dictionnaire Anglais-Français. De plus, si vous recherchez « honeysuckle », vous trouverez que ce mot est une altération de honisouke, du viel Anglais hunisuce (qui a donné honey, « miel ») et sucan (qui a donné to suck, « sucer »). Là aussi, la traduction française « chèvrefeuille » ne rend pas toute la subtilité du double sens…
Cette chanson fait partie des nombreuses oeuvres de swing dans lesquelles les jazzmen ont clairement introduit des allusions sexuelles entre les lignes… Ils n’étaient pas forcément obsédés, mais ils avaient sûrement un esprit facécieux. Regardez donc dans la vidéo de Fats Waller présenté plus haut ses petites mimiques lorsqu’il dit : « You just have to touch my cup » et vous en aurez la confirmation. D’ailleurs, le mot « jazz » ne vient-il pas étymologiquement du mot jass qui faisait référence à la fois l’acte sexuel et à l’énergie que l’on donne dans l’exécution d’une action (la musique en l’occurrence) ?
Pour en revenir à la danse (c’est quand même le point de départ…), le danseur peut interpréter les paroles de la chanson dans sa danse tout comme Fats Waller les interprète par des mimiques amusantes devant la chaste jeune fille qui l’écoute. Je ne dis pas qu’il faut danser explicite, comme dans la chanson, tout doit être dans la retenue et en tout bien tout honneur : des petits regards, de rapprochements de partenaires au bon moment de la chanson, etc. Bref, mon message du jour est : « Écoutez les paroles des chansons sur lesquelles vous dansez, vous pourrez ainsi trouver encore plus de manières de vous exprimer en dansant et de vous amuser avec votre partenaire. »
En regardant quelques extraits de la vidéothèque consacrée à la danse que j’ai constituée année après année, l’idée m’est venue de vous parler un peu des positions de mains. Peut-être certains d’entre vous utilisent toujours la même position de mains avec votre partenaire pour toutes les danses. D’autres choisissent les positions selon la danse, ce qui se comprend dans la mesure où les techniques varient d’une danse à l’autre. Aujourd’hui, je vais vous parler de la main gauche du danseur quand il est en position fermée (rapprochée) avec sa danseuse. C’est cette position que je vous représente ci-contre avec deux des personnages que j’utilise pour montrer les figures dans mes livres techniques. La constitution de la position classique consiste pour le danseur à faire comme s’il tenait un gobelet dans sa main gauche puis à proposer l’espace ainsi constitué entre son pouce et la pointe de son index à sa partenaire. Cette dernière place sa main droite en crochet à l’endroit proposé, le pouce séparé des autres doigts de sa main par le pouce du danseur. Une fois le contact pris, les partenaires raffermissent la position de mains ainsi faite.


La valse mexicaine (la danse) est née dans la première moitié du XXe siècle (alors que les valses d’origine mexicaine ont commencé à être jouées dans la seconde moitié du XIXe siècle) et se danse sur un type de musique bien précis. Les couples y alternent les sections dansées en valse classique (plutôt musette) et les sections chorégraphiées comportant des claquements de mains. Dans ces dernières, les partenaires démarrent en position ouverte, légèrement décalés l’un par rapport à l’autre et se tiennent les deux mains. Ils font une série de mouvements, puis claquent deux fois des mains. C’est à cela que vous reconnaîtrez visuellement la valse mexicaine. Avec le temps (et probablement quelques malentendus…) différentes variantes sont apparues dans les pas, mais on peut cependant distinguer la variante de couple (où l’on effectue des pas chassés face à face) de celle de groupe (où tous les couples sont en cercle et où l’on alterne l’orientation face au cercle puis face à son/sa partenaire).
Fortement marquées par une influence espagnole, les musiques (de tempo modéré) utilisées ne sont pas très nombreuses et doivent avoir une structure particulière. Dans les versions originales, on entend beaucoup les cuivres, dont les trompettes et la guitare, mais la plupart des versions utilisées dans les bals en France sont jouées à l’accordéon. Les bals populaires n’ont pas la possibilité de se payer les Mariachis juste pour un titre… À propos, saviez-vous que le mot mariachi est une déformation du mot mariage qui a été faite à l’époque où l’empereur Maximilien a pu régner sur le Mexique aidé par Napoléon III (dans les années 1860) ? Ainsi, il désigne les orchestres jouant pour les mariages et autres cérémonies dans ce pays. Un peu de culture ne fait pas de mal.



Au fil des années, cette photo unique a fait le tour du monde. Une très forte allusion à cette photo a d’ailleurs été faite dans le film 
Bonjour monsieur Phelps. Cette position, si vous l’acceptez, vous mènera jusqu’aux confins du ridicule. Elle vous sera tellement difficile à tenir et elle vous compliquera tellement la danse que vous la considérerez bien vite comme une position impossible. Attention, ce message s’autodétruira dans 5 secondes. Pschiittt !
Un autre point à noter est qu’une position arrêtée dénote aussi souvent très facilement la danse associée. Ira-t-on penser qu’une danseuse en robe longue à plumes et qu’un danseur en queue-de-pie sont en train de danser une valse ? Ira-t-on déduire qu’une danseuse en combinaison brillante rose fluo la tête en bas à trois mètres du sol au-dessus de son partenaire (lui aussi en combinaison moulante) sont en train de danser un paso doble ? D’accord, je caricature. Mais comme chaque danse a ses codes et sa technique, certaines positions sont tout à fait caractéristiques de certaines danses. La photo ci-contre, par exemple, montre une position tout à fait caractéristique de la rumba (ou à défaut, du cha-cha) de danse sportive. Et alors, que se passe-t-il si la bonne technique n’est pas appliquée par les danseurs ? Eh bien, c’est simple : une danse peut passer pour une autre ou alors on peut réellement mettre en doute que les partenaires soient en train de danser…

Avant les années 30, à Harlem, on ne dansait pas le lindy comme aujourd’hui. D’ailleurs, il semble établi qu’avant 1927 on n’appelait pas encore « lindy hop » la manière de danser sur du swing. On dansait, entre autres danses, le charleston et le breakaway. C’est le mélange de ces deux danses qui donna le lindy. Tout le monde connaît le charleston, au moins de nom et peut-être aussi le nom de Josephine Baker vient-il à l’esprit en même temps. Car c’est en effet elle qui, dans sa Revue Nègre, diffusa les mouvements du charleston en France. On revoit aisément à cette époque (les « années folles »), les jeunes filles vêtues court avec un chapeau cloche et des robes à paillettes qui gesticulent dans tous les sens et jetant leurs pieds en avant, en arrière et sur les côtés.