Aujourd’hui je vous propose de chausser nos bottes et nos chapeaux (même si cela fait cliché) et de nous plonger dans l’univers des danses à deux du monde country western dont le two-step et le country swing.

Si on vous parle de danse country, vous imaginez sans doute de longues rangées de danseurs alignés qui font les mêmes pas en même temps. C’est la country line dance ou encore danse en ligne country en français. Certains font la différence entre la line dance tout court et la danse country en ligne, mais nous n’entrerons pas dans ce débat dans cet article. En revanche, saviez-vous que la culture country comprend aussi un vrai ensemble de danses en couple, improvisées ou non et pleines d’énergie ?
Pour ceux qui aiment la danse en couple, habitués au rythme du rock’n’roll, à l’énergie du lindy hop ou à la sensualité de la salsa, les danses de couple western offrent un terrain de jeu fascinant. Partons ensemble sur les pistes de danse pour découvrir toute la richesse de ce répertoire.

Si vous observez ce qu’il se passe dans un bal country, vous verrez bien sûr des personnes danser les même pas en ligne et en rythme au centre de la piste. Mais vous remarquez aussi sur certains titre des couples qui tournent autour de la piste en dansant d’une manière complètement différente. Dans certains cas, la chorégraphie est la même pour tous les couples (c’est une partner dance, une danse codifiée à la chorégraphie répétitive comme El Paso ou Cowboy Cha-cha qu’on voit souvent danser dans les bals country français en ce moment), dans d’autres cas chaque couple danse un enchaînement différent des autres (c’est probablement du two-step).
1. Deux danses improvisées à la mode : two-step et country swing
Je vous propose de voir en particulier deux danses à deux les plus dansées en improvisation dans les bals country.
Le country two-step (ou Texas two-step)

Ses origines remontent au début du XXe siècle. Cette danse est issue du foxtrot et des danses de salon européennes amenées par les migrants. D’ailleurs le rythme des pas du two-step est similaire à celui du foxtrot, à la différence qu’il se font sur de la musique country western. Le pas de base suit un rythme en séquence : quick, quick, slow, slow (vite, vite, lent, lent) où la durée d’un « slow » vaut celle de deux « quick ». Sur ce rythme (et les variantes correspondant à certaines figures), la progression se fait le long du bord de la piste, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Le danseur guide la danse et propose des variations et figures à sa danseuse qui le suit.
Je vous propose en exemple un extrait vidéo du film « Urban cowboy » avec John Travolta. C’est le film essentiel qui a donné un coup de pouce à l’émergence de la danse country dans les années 1980. Un must à voir pour les amateurs de danse country. Décidement, John Travolta est dans tous les univers : disco, années 1960 et même country !
Le country swing

C’est une version moins technique des danses swing américaines comme le West Coast swing ou le lindy hop. Le country swing met l’accent sur l’interaction, les portés, les tombés, les renversés et une connexion très détendue. Ce qui en fait une danse visuelle parsemée de « tricks » et moments spectaculaires au point que certains en oublient qu’il y a un pas de base. Contrairement au two-step, le country swing est une danse plutôt stationnaire (les partenaires restent sur un espace de danse limité sans ligne de danse) et les musiques country utilisées ne peuvent pas être trop rapides. La rythmique de base ressemble un peu à la salsa en plaçant le « lent » au début de la séquence : slow, quick, quick (lent, vite, vite).
Je vous propose en exemple visuel une vidéo d’un couple qui danse en extérieur. J’avoue que j’ai du mal à trouver des vidéos où la technique est visible au niveau des pieds. C’est l’un des défauts de l’émergence de la danse à deux country swing : les jeunes danseurs actuels se focalisent davantage sur l’aspect visuel du haut du corps en oubliant la technique et la rythmique associées aux pieds…
2. Autres danses proches du monde country western
La famille des danses de couple connue des amateurs de country western est large. Elle convient à toutes les ambiances et à tous les tempos. Voici les autres styles principaux à découvrir :
Le West Coast Swing (WCS)
Même s’il se danse aujourd’hui sur des styles musicaux très variés comme la pop, le R&B ou le blues, il garde une place importante dans les grands festivals country internationaux. Contrairement au country swing, on le danse sur une ligne de danse mais de manière stationnaire tout de même. Son style est élastique, fluide et très technique, suivant de près les variations de la musique dans une interprétation à deux.
La valse country (country waltz)
Avec un rythme en 3 temps comme toutes les formes de valse, la valse country reprend la valse classique avec une touche plus simple et chaleureuse. La posture est souvent plus ouverte et détendue qu’en danse sportive, un peu comme l’American Waltz. Elle garde cependant le mouvement circulaire fluide autour de la piste. Cette danse permet de glisser comme en apesanteur sur les morceaux les plus mélodieux.
Le nightclub two-step (two-step de boîte de nuit)
Créée dans les années 1960 par Buddy Schwimmer, cette danse de couple convient parfaitement aux ballades country lentes et romantiques. Sa structure en quick-quick-slow et son déhanchement subtil vont avec de grands mouvements de bras.
La polka country
Plus vive et sautillante, elle impressionne sur les rythmes rapides. Elle se danse comme la polka d’origine polonaise, mais sur de la musique country. Un rythme rapide à deux temps, avec un rebond prononcé et des pas chassés. C’est la vraie image de la fête de village américain. Elle transmet une énergie qui se partage facilement.
3. Cohabitation sur la piste et musique
Ces danses se font dans les country dance halls (salles de danse country aux États-Unis), les bals country et les festivals. Les danseurs de two-step, de valse et de nightclub two-step prennent les couloirs extérieurs. Ils se déplacent en cercle. Les adeptes de swing choisissent les espaces plus fixes ou ouverts pour montrer leur créativité. En général, les danseurs de country line dance occupent le milieu de la piste avec parfois déjà plusieurs zones correspondant aux différentes chorégraphies et niveaux qu’il est possible de danser sur la musique en cours.
On danse ces styles sur différentes musiques selon le genre. On peut danse le two-step sur « Chattahoochee » de Alan Jackson, on peut danser le country swing sur « House Party » de Sam Hunt, le nightclub two-step peut se faire sur « Amazed » de Lonestar et la valse country au son de « Strawberry Wine » de Deana Carter.
Conclusion
L’univers de la danse country ne consiste pas seulement à enchaîner des pas tous alignés en silence. C’est un vrai terrain de jeu où chaque danseur, qu’il aime la valse, le foxtrot ou le swing, peut s’exprimer et cohabiter sur la piste de danse avec les autres avec ou sans chapeau sur la tête !



De nos jours, parler de danse en ligne, de line dance ou encore de danse country est bien souvent équivalent. Pourtant, il y a un peu d’abus de langage là-dedans. Même si le retour de la danse en ligne sur le devant de la scène française est principalement dû à une certaine ferveur autour de la musique country américaine dans les années 1990, toute danse en ligne n’est pas forcément country. À l’inverse, toute danse country & western n’est pas forcément de la danse en ligne. La danse country & western est en réalité une famille de danses qui sont pratiquées au son de la musique traditionnelle country américaine. On y trouve des danses en couple (dont le two-step ou des variantes de polka), des danses à deux (les « partner dances » où la notion d’homme/femme est moins prononcée) et donc des danses en ligne. Comme je l’ai déjà expliqué lors de la présentation du livre de Ralph Giordano « La danse country & western », cette famille de danse vient de loin et hérite du mélange culturel des Européens (Anglais, Irlandais, etc.) qui ont émigré vers le nouveau continent par le passé. Ainsi, le fait de « danser la country » va-t-il plus loin que danser en ligne.
Pour ce qui est de la danse en ligne à proprement parler, cette forme de danse existe depuis très longtemps. Certaines danses traditionnelles françaises se dansent même en ligne (le Brise Pied, par exemple) et les danses traditionnelles en chaîne ou en cercle sont aussi quelque part une déclinaison des danses en ligne. L’une des danses en ligne américaine les plus anciennes pourrait être le Shim Sham des années swing (1930-1940) qui était dansé aussi bien par les danseurs de claquettes que les danseurs de swing. J’y ai déjà consacré un article dans ce blog. D’autres danses en ligne existent à la même époque, mais on a essentiellement retenu les danses des années 60 comme le madison (même si, aujourd’hui en France, nous ne le dansons plus de la même façon qu’à l’époque) ou encore le hully gully.
Avec la période de la danse en solo (« free style »), les danses en ligne chorégraphiées ont été moins populaires. Puis est elles sont revenues durant la période disco avec des enchaînements comme le Bus Stop et ce que l’on voit dans le film « La Fièvre du samedi soir » avec John Travolta.
« La danse (country) en ligne » est donc un livre de technique de line dance. Le premier chapitre introduit la danse en ligne dans l’histoire des danses et donne quelques conseils pour les débutants. Le second chapitre présente toutes les techniques et notions qui servent de base à l’apprentissage des danses qui sont présentées dans le reste de l’ouvrage. Cela va du simple pas de marche avec la gestion du poids du corps, au sailor step en passant par le grapevine, le hook et le heel split. Après ces descriptions, ne viennent pas moins de 37 danses parmi les plus dansées dans les bals country et les soirées de line dance de nos jours en France. Ce sont principalement les grands classiques (Electric Slide, Tush Push, Hooked on Country) et certaines autres danses servant de prétexte à l’apprentissage progressif de certaines techniques et déplacements (en particulier certaines danses de la série AB de Val Myers). Il y a même des danses récentes comme Foxy Girl.
Enfin, le dernier chapitre aborde tous les aspects musicaux liés à la pratique de la line dance : suggestion de titres, calcul de la vitesse, reconnaissance du style, utilisation des tags et restarts. Bref, c’est un ouvrage complet dont la grande originalité est de présenter chaque pas sous forme illustrée : chaque mouvement d’une danse est présenté à la fois sous la forme d’un schéma et sous la forme d’une description textuelle. Aucun livre en français ne propose ce genre de représentation à ce jour.
S’il y a une routine swing (aussi appelée enchaînement de jazz roots ou authentic jazz) que tout danseur de swing doit connaître, c’est bien le shim sham, où plutôt le « Shim Sham Shimmy » qui est son nom complet d’origine. C’est un enchaînement amusant et qui s’apprend assez vite que l’on retrouve traditionnellement dans nos soirées swing contemporaines, particulièrement lorsqu’il y a un orchestre en direct.
Le shim sham shimmy est à l’origine un enchaînement de danse à claquettes. Leonard Reed et Willie Bryant sont souvent crédités de la création de cet enchaînement, évolution d’un autre enchaînement appelé « Goofus ». J’aimerais partager avec vous ce qu’écrit Constance Vallis Hill, dans son très complet livre « Tap Dancing America » à ce propos (je vous le traduis, car le livre est en anglais).
Sur le titre « Turkey in the Straw », l’enchaînement sur la durée d’un thème était dansé sur 32 mesures. […] Reed se souvient que les chorus girls aimaient tant « Goofus » qu’elles y ajoutèrent leur propre touche féminine sur le pas de sortie par un shimmy. Quand Reed et Bryant parvinrent à New York en 1931 pour se produire au Lafayette Theatre de Harlem, ils découvrirent que la danse avait déjà pris et qu’elle constituait un enchaînement de prédilection dans un club nommé le Shim Sham. En ce lieu, il était régulièrement dansé par une troupe de filles sous le nouveau nom de shim sham shimmy. […] Depuis cette époque, littéralement des centaines de personnes, ne connaissant pas les origines de la danse parmi les chorus girls, créèrent leurs propres versions du shim sham. Dansé durant tout le XXe siècle au point fort des spectacles, le shim sham est considéré comme l’hymne national de la danse à claquettes. 
Voici ce que dit Frankie Manning (dans son autobiographie, « Frankie Manning, l’ambassadeur du lindy hop« ) sur le renouveau du shim sham dans les années 80.
Le shim sham peut être dansé sur diverses musiques swing, mais il est d’usage de le faire sur « T’Ain’t What You Do » (la version de l’orchestre de Billy May ou celle de l’orchestre de Jimmy Lunceford sont souvent préférées) car ce titre contient les breaks adéquats. On peut aussi utiliser le « Shim Sham Song » du Bill Elliot Swing Orchestra (album « Swingin’ the Century », « Tuxedo Junction » d’Erskine Hawkins ou « Stompin’ at the Savoy » de l’orchestre de George Gee (avec les annonces faites par Frankie Manning en personne).
Le shim sham est aujourd’hui traditionnellement dansé à la fin d’une soirée swing. Les danseurs se mettent face à l’orchestre pour faire ce shim sham en guise de remerciement pour la musique sur laquelle ils ont dansé toute la soirée. Cela n’empêche pas que cet enchaînement puisse être dansé n’importe quand dans la soirée. Bien des danseurs de swing ont acquis le réflexe de danser un shim sham dès qu’il entendent les premières notes de « T’Ain’t What You Do ».
Pour finir cet article, voici la chorégraphie du shim sham la plus dansée, celle de Frankie Manning. Chaque ligne numérotée se danse sur 8 temps. Pour savoir ce que signifient les noms indiqués, je vous conseille soit de prendre des cours, soit de consulter mon livre « Le lindy hop et le balboa » qui comporte tous les détails pas à pas.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de livres dans ce blog et certains d’entre vous se demandaient sûrement ce que je préparais durant tout ce temps. Voici la réponse : mon travail récent s’est porté sur la danse country & western. Partant de la constatation qu’il n’existait pas de livre en français consacré à la danse country & western (incluant la danse en ligne), je me suis mis en quête de quoi créer le livre en question. Je vous donne quelques détails dans la suite et je vous donne aussi quelques informations sur un autre livre sur le même thème et qui (hasard du calendrier !) sort au même moment… Cela donne par conséquent un article plutôt long, mais qui devrait intéresser les amateurs de line dance et de danse country & western.
Partant du principe que les amateurs de danses country aimeraient sûrement savoir d’où proviennent non seulement les danses qu’ils pratiquent, mais aussi les musiques qui les accompagnent, j’ai choisi de traduire en français le livre de Ralph G. Giordano « Country & Western Dance » initialement édité aux USA aux éditions Greenwood. C’est un livre récent (2010) de bonne qualité et qui a demandé plusieurs années de travail à son auteur américain. Cela fait donc plusieurs mois que je travaille à la mise à disposition de ce texte aux amateurs francophones de country. Le résultat de ces mois de travail est à présent disponible (dès à présent auprès de moi et le mois prochain en librairie) et s’appelle évidemment « La danse country & western« . Comme à mon habitude, j’ai essayé de faire en sorte que l’édition française soit au moins aussi bonne sinon meilleure que l’édition d’origine : il y a donc des notes du traducteur pour éclairer certains détails culturels, davantage de photographies (j’ai acheté les droits pour de nouvelles photos et celles qui sont présentées sont mieux mises en valeur), l’index a été entièrement refait tout comme la gestion des références bibliographiques et, enfin, un avant-propos écrit par l’auteur spécialement pour le public français a été ajouté. Bref, il ne s’agit pas que d’une traduction, mais d’une édition augmentée réalisée avec une méthode de travail similaire à celle utilisée pour l’autobiographie de Frankie Manning.
Pour faire court, ce livre tout en français :
En effet, le livre de R. Giordano porte le regard d’un Américain sur la musique et la danse country & western en Amérique (là d’où tout est parti…) alors que le livre d’A. Guegan porte le regard d’une Française sur la danse country & western dans son évolution jusqu’en France de nos jours.
). Je vais donc plutôt m’attacher à vous donner quelques thèmes traités dans la partie du livre consacrée à la country en France, qui est particulièrement inédite. Ainsi vous pourrez vous informer sur les premiers grands événements de musique country en France dans les années 1980, les premières associations de danse country (en et particulier de square dance) en région parisienne, les débuts de la line dance en Alsace vers 1990, le rôle joué par le regretté Robert Wanstreet et du Billy Bob’s dans la diffusion de la danse country en France, les festivals comme celui de Mirande, les structures et fédérations, les compétitions, etc. Je vous laisse le soin de découvrir vous-mêmes les autres thèmes.
Je ne sais pas si je le fais suffisamment apparaître dans cet article, mais les angles d’attaque pris par les deux livres sont complètement différents et l’un comme l’autre fournissent des informations qui leur sont propres. Par exemple, j’ai aimé le livre de R. Giordano car il parle beaucoup des médias (télévision, cinéma, radio, etc.) dans la diffusion de la country aux USA. C’est un aspect qui ne ressort pas beaucoup du livre d’A. Guegan. À l’inverse, le livre d’A. Guegan parle davantage des origines européennes des danses country, alors que celui de R. Giordano n’en parle qu’une fois les danses Européennes arrivées sur le sol américain. Bref, deux points de vue particulièrement intéressants pris ensemble. Pour conclure et étayer l’idée que ces livres sont tous les deux indispensables et complémentaires, je précise que les éditions Rolland et Saint-Léger ont décidé de ne pas se faire concurrence et d’annoncer mutuellement le livre édité par l’autre à la fin de chacun d’eux. Pour être plus clair, « L’esprit des danses country et western » informe de l’existence de « La danse country & western » dans ses dernières pages et inversement. C’est ce que j’appellerai un bel esprit d’intelligence à l’avantage de tous et particulièrement des amateurs de danse country qui apprécieront sûrement. Et je ne dis pas cela uniquement parce que je suis impliqué dans cette initiative dont je suis plutôt satisfait… Car la danse est un loisir qui peut se passer de rivalités énergivores et inutiles entre ses acteurs. Conclusion : achetez les deux livres pour avoir une vision complète sur les danses country & western et vous ne le regretterez pas !
Si la personne ayant montré ce « Tilili » avait été habituée à danser cet enchaînement et si le début avait été positionné au niveau des pas de côté, je l’aurai reconnu encore plus vite. Ce qui autorise à se poser la question de la nouveauté est la musique très « Caraïbes » qui sert de base à la danse. Par ailleurs, la personne en question n’a pas appliqué le style « danses des Caraïbes » qui s’imposait : déhanchés marqués et remplacement du « kick » à la fin des déplacements latéraux par un coup de hanche à la manière de la bachata. Je connaissais les trois manières de danser l’electric slide (country, swing et Caraïbes), mais je ne savais pas qu’on avait donné (récemment, semble-t-il) un nom particulier à la variante « Caraïbes ». Bien évidemment, de retour chez moi, je n’ai pas pu m’empêcher de rechercher de plus amples informations autour de ce fameux « Tilili ». D’où vient ce titre ? Pourquoi a-t-on commencé à danser l’electric slide dessus ? Voici ce que j’ai trouvé…
Tout d’abord, le nom : Tilili. En effectuant des recherches, je n’ai tout d’abord pas trouvé de chanson nommée comme cela. En revanche, j’ai trouvé un morceau nommé « Tchiriri » (ou « Xiriri »), interprété par le groupe Costuleta et qui correspond à la musique que j’avais entendue en soirée. On trouve ce titre (« A Dança Do Tchiriri ») sur plusieurs compilations libellées « Kuduro » et il semble qu’il passe dans les discothèques de la région parisienne et des Antilles depuis plus d’un an. On peut aisément deviner qu’une personne ayant vu la danse un jour sur ce titre, l’a transmise à d’autres personnes en déformant le nom « Tchiriri » en « Tilili » du fait d’une mauvaise compréhension des paroles et de la méconnaissance du titre d’origine. Cela aurait tout aussi pu devenir « guili-guili » (vous comprenez enfin le titre de cet article ?) ou autre chose…
La musique kuduro (« cul dur » en portugais mais avec un « k » au lieu du « c » initial) aurait été inventée par Tony Amado (un Angolais) en 1996, inspiré par « I Like to Move It » et les rythmes traditionnels d’Angola. Pour résumer, il pourrait s’agir de techno angolaise.
La danse kuduro, quant à elle, est plutôt frénétique et met en action les hanches et les fesses d’une manière importante. Tony Amado déclare avoir inventé les premiers mouvements en s’inspirant d’une danse de Jean-Claude Van Damme saoûl vue dans « Kickboxer » et de danse traditionnelle angolaise. La musique et la danse kuduro sont particulièrement populaires chez les jeunes au Portugal, au Brésil et au Cap-Vert, destinations de nombreux immigrants angolais. Le kuduro se développe lentement en France depuis quatre ans pour la musique et un ou deux ans pour la danse. Jusqu’ici, pas grand chose à voir avec l’electric slide… C’est à ce moment de mes recherches que je m’aperçois que certains clips de musique kuduro mettent en scène la chorégraphie de l’electric slide avec quelques autres mouvements. C’est peut-être de là que vient l’association entre la danse kuduro et l’enchaînement en ligne de l’electric slide. On attribue l’electric slide original à Ric Silver qui, entre 2004 et 2007, a effectué plusieurs actions en justice pour réclamer la paternité de cet enchaînement qu’il aurait créé en 1976. Il souhaitait en plus que chaque représentation filmée de l’electric slide soit faite en conformité avec l’original. Je ne sais pas ce qu’il pense de ce « Tilili ». Peut-être le simple changement de nom suffit-il à en faire légalement un autre enchaînement ? Je n’ai pas la réponse. En tout cas, Ric Silver souhaite que l’on mentionne son nom à chaque fois qu’on parle de l’electric slide, ce qui est donc fait dans cet article…
Cet article montre bien, je pense, qu’une nouveauté n’en est pas toujours une. Ici, la musique est bien d’un style nouveau qui met du temps à s’imposer en France. Mais la danse n’est pas nouvelle. Il n’y a que les gens qui ne connaissent pas les danses en ligne qui peuvent prendre cet enchaînement « Tilili » pour une série de nouveaux pas. Je ne sais pas réellement si l’on peut dire qu’ils se sont faits avoir, car ils ont réellement appris un enchaînement qu’ils peuvent à présent danser en bal country ou en soirée swing (!). En tout cas, cela pose l’éternel problème des personnes qui copient des choses et, au lieu de dire : « je l’ai copié là », disent : « je viens de l’inventer ». Et ce mensonge leur attribue la paternité d’un travail qui n’est pas le leur. C’est une attitude que je n’approuve pas.