
La danse et la musique ont évolué au fil du temps pour devenir des éléments essentiels de la vie sociale française tant du point de vue social que du point de vue culturel. Avant même de disposer de la radio pour écouter les chansons en vogue, chacun pouvait danser au son des instruments que les musiciens s’enorgueillissaient de faire sonner de belle manière pour leur audience. Même si de nos jours les soirées se passent souvent à la maison devant un écran, il ne faut pas oublier que le bal a été pendant longtemps une partie du lien social local dans chaque région et que bien des familles ont été créées suite à un rencontre dansante à cette occasion. Grand-parents, parents et enfants trouvaient eu sein du bal populaire, organisé à l’origine à l’occasion d’événements comme les moissons ou les mariages, un espace de liberté différent du cercle familial où l’on croisait des personnes de tous âges et de toutes origines.

Le 14 juillet symbolise le bal populaire par excellence, mêlant diversité sociale et citoyenneté. Mais les bals populaires ce sont aussi les festivités des moissons dans les campagnes, les fêtes familiales, les soirées dans les dancings, les bals des pompiers, etc. Pourtant ces manifestations de joie a priori anodines ont souvent été encadrées de manière stricte par les autorités. Le premier bal du 14 juillet a été organisé en 1880 accompagné de fanions tricolores et de musique populaire jouée par un orchestre du haut d’une estrade. Cette fête a été créée par les autorités pour fédérer les citoyens français autour de le toute nouvelle Troisième république pas forcément acceptée de tous.

Les bals populaires ont lieu dans des endroits tels que les salles des fêtes, les places publiques et les terrains de sport, etc. Ils sont souvent organisés par des associations locales. Les danses traditionnelles y régnaient aux débuts, comme la bourrée auvergnate au son de la cabrette ou la gavotte bretonne au son du biniou, voire même diverses danses sur des mélodies a capella des chanteurs de villages. Les occasions de faire la fête et de danser offraient une soupape aux travailleurs harassés par le travail quotidien dans les champs, dans les mines ou à l’usine. Ils pouvaient ainsi se retrouver entre amis, faire des connaissance et danser dans une ambiance détendue, vêtus de leurs plus beaux habits. Et cela pouvait durer jusqu’au bout de la nuit. Ainsi, des couples de tous âges dansent sur une variété de musiques, des plus traditionnelles aux plus modernes. Les bals populaires sont aussi un moyen de rassembler les communautés locales et de renforcer les liens sociaux. C’est au bal populaire que se sont faites de nombreuses rencontres alors que dans la « vie de tous les jours » les gens se voyaient de loin. Mais cela ne se faisait pas toujours sans mal. Si les hommes étaient libres d’y participer sans restriction, les femmes de la fin du XIXe siècle avaient systématiquement un chaperon plus âgé, sans compter que certaines manifestations étaient organisées sous la houlette du clergé bien-pensant qui n’a pas apprécié l’arrivée des danses dites « modernes » comme la valse ou la polka avec leur position de couple rapprochée.

Revenons à ces fameux bals du 14 juillet du début du XXe siècle… Malgré les réticences du clergé, ce jour devient un jour férié dans tout le pays. Ce début de XXe siècle est appelé « La belle époque »,
les lieux se créent autour de la fête à Paris et portent l’appellation de « bal » : bal du Moulin Rouge, bal du Moulin de la Galette, Bal Tabarin… L’entrée coûtait un franc à l’époque ! Les jambes se dévoilent petit à petit et offusquent les « Père Lapudeur » de l’époque à l’instar du clergé des années auparavant. À l’opposé, certains bals comme celui des Barrières est fréquenté par les Apaches avec leur foulard, leur casquette et leur manières pour le moins directes. On y danse la valse, la scottiche, la mazurka et, bien sûr, la danse des Apaches (voir l’article à ce sujet sur ce blog).

Dans certains quartiers parisiens, on retrouve différentes communautés venues chercher du travail à la Capitale : en premier lieu les Auvergnats avec leur cabrette, mais aussi les Italiens avec leur accordéon… Et voilà que naît le style de musique dit « musette » et la danse qui va avec, à l’opposé du tango fustigé par l’Église et réservé aux quartiers bourgeois. À l’orée de la 1ère Guerre mondiale, tout le monde danse à l’unisson dans les rues à l’occasion des bals organisés dans un état d’esprit insouciant.

Si la guerre désorganise les festivités dansantes, il n’en demeure pas moins que l’on danse toujours et parfois entre personnes du même sexe sans ambiguïté. Le Américains débarquent et apportent avec eux le jazz . Le 14 juillet 1919 est marqué par un défilé fêtant la fin de la guerre et accompagné par un bal populaire ouvert à tous. Il y a fort à parier que les personnes venues danser sont plutôt là pour décompresser que pour célébrer le pays. Dans la rue se côtoient la valse musette et le tango mondain au son de l’accordéon chromatique, instrument roi des bals populaires à partir de ce moment-là. À lui seul un accordéoniste est en mesure de transformer n’importe que lieu en bal musette et, par conséquent, les lieux à danser se multiplient. Les Français se libèrent de toutes ces années noires grâce au bal afin de pouvoir renaître… d’autant plus que la journée de travail passe de 60 à 48 heures sur 6 jours cette année-là. La java s’ajoute peu à peu à la liste des danses avec le boléro et le paso doble, permettant à certains de s’encanailler au bal musette. Pendant ce temps, pendant l’entre-deux-guerres, les classes mondaines préfèrent le jazz et dansent le foxtrot, le charleston, le black bottom ou le shimmy et investissent de nouveaux lieux appelés « dancings ». Les tenues féminines se raccourcissent encore pour permettre de mieux effectuer ces mouvements dynamiques venus d’Amérique. Dans ces années-là, la norme était qu’une jeune homme ou une jeune femme de 18 ou 19 ans sache danser pour pouvoir aller au bal.
Au début des années 1930, près d’un Français sur deux dispose d’une radio TSF. La musique pour danser devient donc accessible à toutes les classes sociales à domicile sans attendre une quelconque occasion. Cela n’empêche pas les Français de se rassembler dans les guinguettes des bords de Marne par exemple (Le Grand Cavana, chez Gégène, etc.), des lieux où se retrouvent des gens de toutes les origines. À Montmartre, le premier bal des pompiers est créé dans la caserne. Puis, les grèves ouvrières de 1936 servent de prétexte à l’organisation de bals quotidiens lors de l’occupation des usines qui conduira à la semaine de 40 heures et aux congés payés, avec par conséquent toujours plus de temps libre pour danser.
En 1939, la Seconde guerre mondiale éclate. Le Maréchal Pétain prône la « France d’avant » et ferme tous les bals et dancing par décret en mai 1940. Bien sûr, l’interdiction n’est pas suivie à la lettre dans les campagnes où des bals sont organisés dans les fermes isolées ou l’arrière salle des bistrots aux fenêtres calfeutrées. Le peuple a besoin de se changer les idées et de danser dans ces bals clandestins où l’accordéon fournit l’ambiance musicale. Dans les villes, occupées par l’armée allemande, c’est plus compliqué mais quelques irréductibles appelés les Zazous (voir l’article sur le sujet dans ce blog) continuent de danser en secret sur les musiques américaines en signe de rébellion.

Après le débarquement américain de juin 44 qui marque le retour de la paix en France, le général De Gaulle réinstaure le bal républicain du 14 juillet et les autres bals renaissent comme les bals des pompiers dans diverses villes ou le Balajo à Paris. En parallèle, certains suivent les traces des Zazous et vont danser le be-bop et le swing dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. L’après-guerre marque la nouvelle tendance des bals « où l’on veut, quand on veut », sans avoir à attendre un événement particulier (moissons ou 14 juillet par exemple). Les danses latines s’y intègrent progressivement : mambo, cha-cha, etc. Le bal populaire devient mobile, parfois en intérieur, parfois en extérieur, parfois sous tente, organisé par des professionnels. Il restera la première occasion de rencontre jusque dans les années 1970 puisque les jeunes utilisaient le bal comme lieu de rendez-vous. À la fin des années 1950, le rock’n’roll et les danses des yéyés venues des USA (madison, twist, etc.) reportent un franc succès chez les jeunes, boostés par les jukeboxes et les 45 tours, alors que les plus anciens restent attachés aux danses pratiquées jusque là dans les bals. Les discothèques se créent peu à peu pour donner à la jeunesse amatrice de rock’n’roll, de slow et des nouvelles danses un lieu pour danser avec des lumières tamisées et propice aux rencontres.

Les années 1970 marquent l’envie d’un retour à la nature et le renouveau de la musique folklorique et traditionnelle avec les danses associées. Les bals trads fleurissent en parallèle des soirées pop rock psychédéliques en discothèque où l’on se laisse aller. Puis les soirées en discothèque connaissent l’essor de la musique disco et l’âge d’or de ces établissements (plus de 4000 en France à la fin des années 1970). Face à ce raz-de-marée les bals populaires déclinent malgré les efforts et les subventions du gouvernement pour construire des salles des fêtes dans tout le pays. Ceux qui sortent en boîte de nuit se préparent longuement au préalable et on y va de plus en plus pour être vu et éventuellement y faire des rencontres. Même s’il y a beaucoup moins de discothèques de nos jours qu’à l’époque, la tendance continue dans ce sens sachant que les Français sortent moins, au profit d’une soirée Netflix en famille ou entre amis .

On peut à ce point se poser la question suivante : « le bal populaire ne se cantonne-t-il de nos jours qu’au bal du 14 juillet ? ». Il me semble que la réponse est non. On retrouve les marqueurs du bal populaire dans de nombreuses occasions allant des soirées en boîte de nuit aux bals trad en passant par les soirées et festivals rock’n’roll, latino, swing ou encore country. Les gens sont là, venant de tous horizons, pour partager un bon moment, décompresser, danser, se retrouver entre amis et éventuellement faire de nouvelles connaissances. Ainsi s’il ne s’appelle plus « bal populaire » l’événement dansant contemporain en a encore tous les atours.
Malgré les différents points d’arrêt et interdictions dus aux crises traversées par les Français (le choléra en 1883, la 1ère guerre mondiale, la grippe espagnole en 1918, le 2e guerre mondiale et même récemment le Covid en 2020), la danse et les bals populaires ont conservé leur rôle essentiel dans la vie sociale des Français. Le bal populaire contribue indéniablement à la préservation et au développement de la culture française avec un impact positif sur la cohésion sociale. La danse et les bals populaires sous toutes leurs formes sont bien plus qu’un simple divertissement, mais ils sont également un élément vital de la culture et de la vie sociale française.










La danse, par définition, est synonyme de mouvement. Et rien de plus difficile à retranscrire dans un dessin qu’un mouvement. On peut commencer par une position caractéristique, mais cela donne juste une idée et cela limite la démonstration à un instant t. Chaque détail peut être important pour donner tout son caractère au mouvement et suggérer plus qu’une simple position : inclinaison de la tête, position des mains, orientation du corps pour indiquer quelque chose de crédible. L’étape suivante dans la recherche de la fidélité est de se rapprocher de la technique du dessin animé : on dessine chaque position clé permettant de reconstituer les différentes étapes du mouvement. Il est clair que cela ne représente pas la même quantité de travail. Dans le cadre de mon travail passé sur la description de la technique de certaines danses sous la forme de livres (et par extension pour la version du site UltraDanse.com auquel succède le présent blog), je m’étais attelé à ce genre de travail en utilisant un logiciel de synthèse d’images basé sur la 3D (comme pour la plupart des dessins animés de nos jours et une partie des effets spéciaux du cinéma). Je peux confirmer que chaque image demande un temps non négligeable comme dans l’exemple ci-dessous que j’ai réalisé autour des positions clés de la chorégraphie de la Macarena (ici c’est un cas facile puisqu’il n’y a qu’une seule personne dont on ne fait bouger que les bras, mais les positions d’un couple en train de danser est une toute autre paire de manches, je vous assure !).
C’est amusant, car je m’étais déjà abonné à la page Facebook correspondante il y a quelques mois et je l’avais oublié ! Je remets donc cette trouvaille au goût du jour… Et, pour ne pas réinventer la roue, je commance la traduction (faite maison) du texte de présentation du concept proposé sur le site en anglais :
Le projet DrawMeASong a remporté le prix Deutsche Bank Creative Award en 2011 ainsi qu’un PACEIM grant and mentorship en 2014.
En voyageant cet été, vous avez peut-être remarqué que, dans chaque pays ou dans chaque région, on peut découvrir des danses que l’on ne danse pas ailleurs. Les participants sont parfois vêtus de costumes traditionnels, parfois ce sont des habitants du coin qui s’amusent en tenue de tous les jours et ouvrent leurs danses aux touristes de passage. Ces danses, issues du terroir et fortement ancrées dans la culture populaire locale, sont appelées danses folkloriques par certains et danses traditionnelles par d’autres. Essayons d’y voir plus clair…
Le chant était souvent le support indissociable de la danse au point que c’étaient parfois même les danseurs qui chantaient tout en dansant. Chaque pays, chaque région, chaque village développe ses propres danses qu’on peut très bien ne pas retrouver dans le village voisin. On peut ainsi regrouper sous l’appellation de « danses traditionnelles » les danses nationales, les danses régionales, les danses locales, mais par extension également les danses ethniques et les danses de caractère. Le qualificatif de « populaire » peut être aussi inclus dans le sens de « issu du peuple ». Quant à la notion de folklore, nous y reviendrons un peu plus loin.
Les danses traditionnelles sont essentiellement pratiquées dans des occasions précises dans un environnement rural : récoltes, mariages, fêtes religieuses, etc. qui amènent les voisins et amis à se rassembler. La danse est donc à la fois un support pour se donner du coeur à l’ouvrage, mais aussi un moment de loisir pour se retrouver et s’amuser en communauté. La danse traditionnelle est donc bien une danse populaire au sens de « issue du peuple ». On peut citer par exemple, les danses suivantes : polka, mazurka, bourrée, branle, contredanse, sauts, rondeau, gavotte, passe-pied, etc. Ces danses ont pour origine aussi bien les campagnes bretonnes que les pays étrangers. En dehors de l’Europe, on peut aussi y placer des danses comme la samba brésilienne, la danse tahitienne, le danzon cubain, la biguine antillaise, le bharatha natyam d’Inde, etc. Avec le développement de l’industrie et du commerce, ainsi que l’urbanisation marquée du milieu du XIXe siècle en Europe, la culture paysanne reste cantonnée au domaine rural. Ainsi les nouveaux urbains (issus des campagnes) repensent-ils avec nostalgie à ces danses et aux bons moments partagés avec leurs proches. Ils vont donc se regrouper autour des traditions de leur région d’origine qui permettent de conserver des noyaux de culture traditionnelle au sein des villes. Notamment, à Paris, la présence de groupes d’exilés bretons ou auvergnats est bien connue.
Du fait de son implantation dans les villes, la danse traditionnelle évolue dans le nouveau milieu des salles citadines par rapport à la cour de la ferme. Ces danses doivent aussi cohabiter avec les danses de salon dont la large popularité croissante les fait passer au second plan. De plus, grâce aux voies de communication, les danses de régions voisines s’influencent les unes les autres. C’est dans ce contexte que des hommes vont comprendre que la richesse des danses traditionnelles des origines disparaît peu à peu. Certains vont se faire « collecteurs de danses » et travailleront à recenser et cataloguer les danses traditionnelles dans certaines régions. Les danses traditionnelles retrouvent un regain de popularité dans les années 1970. Je ne peux m’empêcher ici de faire le parallèle avec l’une de mes danses fétiches : le lindy hop. Là aussi, la présence de la danse s’estompe durant les années rock’n’roll pour revenir de plus belle grâce à des passionnés. C’est à cette époque que des fêtes de danse traditionnelle se développent ; on les appelle aujourd’hui « bal trad » (pour bal traditionnel), « bal folk » (pour bal folklorique) ou même fest-noz (du nom de ces fêtes en Bretagne). Dans ces bals trad, on retrouve le résultat du mélange des cultures entre différentes régions et différents pays (la gavotte côtoie la polka ou la scottish). Il s’agit avant tout pour les participants de partager un moment convivial dans une époque individualiste qui, paradoxalement, recherche de rapports sociaux par le biais des danses traditionnelles tout comme celui des danses de société.
De nos jours, on parle bien souvent de folklore dans un sens un peu dévalorisant. On dit parfois que le folklore, c’est pour les touristes avec ses costumes régionaux colorés, ses sabots, etc.). Dans ce contexte, la danse est mise en scène comme un spectacle et non plus comme un loisir de groupe que l’on vit. Toutefois, cette vision folklorique a l’avantage de contribuer à sauvegarder un patrimoine menacé d’oubli ou de déformation par simplification. Les groupes folkloriques ont connu un grand succès dans les années 1930 et, même s’il y en en moins aujourd’hui, on continue de trouver des passionnés pour poursuivre ce travail de mémoire de la danse. Rappelons simplement que c’est grâce à des chercheurs, collecteurs ou pratiquants de ces danses qu’il est aujourd’hui possible de mieux connaître nos traditions du passé et nos origines populaires. Si vous désirez pratiquer, il vous suffit de participer à des bals trad qui sont souvent précédés d’initiations (mais il est aussi possible de se laisser porter par la danse en regardant les autres). Enfin, si vous avez la chance d’en avoir une à proximité de chez vous, il existe des associations qui organisent des cours hebdomadaires et des stages.
Depuis des années, les réseaux sociaux sont devenus les vecteurs de contenu dit « viral » et le support vidéo est particulièrement concerné. Autant YouTube était le principal site de propagation durant longtemps, autant de nos jours les plateformes proposant des vidéos courtes au format portrait comme TikTok ou Instagram ont-elles su tirer leur épingle du jeu. Et c’est de TikTok qu’est parti l’engouement pour une danse en déplacement permanent sur une portion du titre « I Like To Move It ».
Sa vidéo a été likée des millions de fois (presque 8 sur la version d’origine TikTok) et cela laisse imaginer le nombre de vues caché derrière (plus de 60 millions sur la vidéo originale) sans compter les reprises, copies, etc. Cela a entraîné l’explosion du nombre de ses abonnés (au jour où j’écris il en est à 2,5 millions d’abonnés sur TikTok :
Elle a été reprise dans le monde entier par des danseurs connus, mais aussi par des inconnus dans des situations de tous les jours aussi variées que dans la rue, qu’en salle de sport, dans un hôpital, lors d’un mariage, etc. Même Alex, le lion du dessin animé Madagascar, a eu la possibilité de danser cette chorégraphie en 3D grâce au graphiste
Cette semaine, on va parler mariage et plus particulièrement danse d’ouverture de bal. L’un des chapitres d’un des livres de technique que j’ai écrits porte sur l’ouverture du bal de mariage par une valse (et le protocole qui va avec) et c’est un grand classique que l’on retrouve chaque année. Bien sûr, l’objectif étant de pouvoir donner à voir quelque chose de joli en un minimum de temps d’apprentissage, je présente dans ce livre une méthode simple. Cependant, je ne me cantonne qu’à la tradition… Et si la valse était replacée par autre chose ?
C’est vers l’année 2005 que l’on a vu apparaître sur Internet des vidéos où les mariés ont fait une bonne blague et une bonne surprise à leurs invités. Ils commençaient leur bal de mariage en valse viennoise comme le veut la tradition, mais leur bande-son était truquée : la valse se transforma bien vite en un morceau bien plus dynamique et empli de percussions d’Afrika Bambaataa. Faisant semblant d’être surpris, les mariés ne se démontent pas pour autant et suivent la musique en dansant à la manière hip-hop, faisant des pops, des locks, etc. Voici, ci-dessous, l’une de ces vidéos.
D’autres mariés ont, quant à eux, choisi de reprendre le sketch « L’évolution de la danse » de Judson Laipply que je vous ai déjà présenté dans un article, ici même, il y a plusieurs années. Si les mariés ont une bande de copains qui dansent aussi, ils peuvent préparer une petite chorégraphie pour épater la famille et les invités qui ne dansent pas. C’est ce que les mariés présentés dans la vidéo ci-dessous ont fait avec succès en reprenant la chorégraphie de « Thriller » de Mickael Jackson.
Depuis toutes ces années où j’ai préparé la danse d’ouverture de bal de mariage avec des dizaines de couples (oui, oui, c’est bien moi en plein travail sur la photo ci-contre issue d’un article du magazine Marie-Claire sur le sujet…), j’en ai vu défiler des demandes variées, allant de la petite danse simple « parce qu’il en faut une » au véritable show de 10 minutes. En même temps, tous les styles de danses y sont passés : valse viennoise (bien sûr), mais aussi slow amélioré, rumba, cha-cha, rock, charleston, lindy hop, contemporain, hip-hop new style, danses de l’été (oui, oui, il y en a !) etc. sans oublier les combinaisons hybrides entre ces styles. Certaines années, on repère des tendances entre le mambo de Dirty Dancing, les titres d’Ed Sheeran ou encore les tubes du moment à la radio. Tout dépend de la musique choisie, en fait. Pour moi, c’est toujours du sur-mesure. À chaque fois, c’est un réel plaisir pour moi que de comprendre la personnalité de chaque couple et leur envie afin de créer pour eux la chorégraphie qu’il prendront plaisir à présenter pour surprendre leurs invités. L’avantage dans cette situation est que les futurs mariés sont hyper motivés et n’économisent pas leur énergie dans les répétitions inlassables qui sont nécessaires pour atteindre leur objectif.
‘article fait allusion au cancan que Mark Twain évoquait dans « Le voyage des innocents » en 1869. Cet écrivain décrit dans ce texte les scènes qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on dit « French Cancan » : des filles qui saisissent leur robe à deux mains et lancent leurs jambes le plus haut possible. En réalité le texte que j’ai traduit ci-dessus est exactement le texte de Mark Twain, repris par la journaliste du Guardian. On le voit, à chaque époque correspond son lot de danses scandaleuses. En son temps, il y a eu la valse, puis le rock, puis le twist, puis… Mais le daggering va encore plus loin que toutes ces danses.
Le daggering dont il s’agit ici est une manière bien particulière de se trémousser en boîte de nuit. Une description succincte devrait suffire à vous en donner une idée : l’homme se colle derrière la femme, le premier met ses mains sur les hanches de la seconde alors que celle-ci se penche en avant avant que les protagonistes ne se mettent à gesticuler du bassin de manière très suggestive. S’ils n’étaient pas habillés, on pourrait penser à autre chose, mais il paraît que c’est une forme de danse. Je vous passe ici un certain nombre de détails et de variantes plus ou moins acrobatiques que vous pourrez aisément trouver sur Internet en tapant le mot sur Google. J’ai essayé de trouver une photo d’illustration la plus soft possible, mais j’avoue que cela n’a pas été facile, alors vous n’aurez que des dessins…
Sans oublier les filles en maillot jaune suggérant la fameuse marque de boisson pétillante à l’orange partenaire de l’opération. Plus de 500 000 disques ont été vendus à l’époque. Contrairement à la lambada, dans la soca, on roule des hanches et il n’y a pas réellement de figures identifiables.
Pour finir cet article, je vais reprendre une image (ci-contre) qui circule sur Internet et les réseaux sociaux. Elle donne en quatre images une certaine évolution de la manière de danser dans les soirées « jeunes ». En 1970, on pouvait encore trouver de nombreuses personnes dansant à deux dans les règles de bienséance. En 1980, c’est la continuité du disco et chacun pour soi. En 1990, c’est la soca dance et les rapprochements suggestifs des hommes derrière les femmes. Enfin en 2011, c’est le daggering et là, tout est très explicite avec le consentement des femmes qui en rajoutent. Même si ce n’est qu’une branche extrême de l’évolution (on continue toujours à beaucoup danser en couple avec les règles de savoir-vivre et les adeptes du daggering sont une minorité), cela doit aussi sûrement dénoter d’une certaine évolution de la société, passée d’un modèle d’autorité patriarcale à un modèle plus libéral pour ce qui concerne les plus jeunes. Il paraît que cette manière de danser se rencontre de plus en plus fréquemment dans les mariages aux USA. Si cela se passe entre adultes consentants, cela peut encore passer, mais il semble que les adolescents (et même les préadolescents à partir de 11 ans !) s’approprient de plus en plus cette mode un peu violente sur les bords. Tout cela se fait via des vidéos sur Internet et non pas le canal des clips vidéo diffusés à la télévision. Comme le « Guardian », les médias anglophones parlent beaucoup de cette pratique qui est devenue un sujet de société. En tout cas, il semble que l’on ait d’ores et déjà recensé des séquelles au niveau du bas ventre de certains pratiquants mâles un peu trop exaltés. Comme quoi, mieux vaut parfois garder quelques distances…
« Ai se eu te pego », que l’on peut traduire par « Oh si je t’attrape », est à l’origine une chanson brésilienne écrite en portugais en 2008 par Sharon Acioly et Antônio Dyggs. Elle fut interprétée en premier par Os Meninos de Seu Zeh. Ensuite, elle fut reprise par divers groupes brésiliens dont Cangaia de Jegue et sa version style reggae jusqu’à ce qu’en juillet 2011, le Brésilien Michel Teló s’en empare et la popularise dans le monde entier au point d’en faire une version en anglais « Oh, If I Catch You! » (dont la vidéo est sortie en janvier 2012). Cela commence par le Brésil ou le titre atteint rapidement la première place des hit-parades, puis ce fut au tour de l’Espagne, puis des autres pays. Plus récemment, des remixes pour discothèques ont été réalisés à partir de cette chanson dont la plus connue interprétée par Inna. Voici le texte original de la chanson avec une traduction (qui n’est pas de moi) qui permet un peu de comprendre certains mouvements suggestifs de la chorégraphie associée dont je parlerai plus loin.
Pour ce qui est de la chorégraphie, j’avoue que les choses sont moins claires… Il y a évidemment ces stars du football, du rugby ou du tennis que l’on voit esquisser quelques mouvements au son de la chanson fin 2011 : Neymar, Cristiano Ronaldo, Rafael Nadal, etc. C’est de là que certains mouvements ont été propagés dans les médias internationaux. La vidéo la plus ancienne que j’aie pu trouver présentant une chorégraphie sur ce titre est celle du groupe Cangaia de Jegue déjà évoqué plus haut. Elle date de 2008, année de la sortie de leur single « Ai se eu te pego! ». Voici la vidéo en question et on y voit bien dès cette époque des mouvements caractéristiques lors du refrain.
Il semble qu’en réalité seul le refrain de la chanson soit dansé de la même manière partout. Pour le reste, diverses versions existent en vidéo sur Internet. Il y a la version « street dance », la version « zumba » (disons même plusieurs dans ce cas), etc. En tout cas, Michel Telo ne fait la promotion d’aucune chorégraphie ni dans ses clips, ni sur son site Internet. Il n’y a donc pas de chorégraphie officielle. Celle que je vous propose en premier ci-dessous a pourtant été libellée comme chorégraphie officielle sur Youtube, mais j’ai l’impression qu’elle a été créée pour accompagner la reprise de la chanson par Manuel Malanotte. On pourrait penser que je l’ai choisie à cause des danseuses présentes dans la vidéo, ce n’est pas la vraie raison (si, si je vous assure !). C’est plutôt ma sensibilité salsa qui a parlé (quelques pas on 2 y sont présents). Voici donc le détail de cette chorégraphie.
Commençons par parler de l’émission originale américaine. « So You Think You Can Dance » (abrégé à l’écrit en « SYTYCD ») est une émission-concours créée en 2005 et produite Simon Fuller et Nigel Lythgoe. Le principe de base est similaire à des émissions comme « La nouvelle star », mais il n’y a ici que de la danse. On commence avec des milliers de candidats qui participent aux sélections libres (à la manière des castings individuels) dans diverses villes américaines. À l’issue de cette première étape, les sélectionnés se voient offrir un billet d’avion pour Las Vegas, ville où a lieu la seconde étape : les éliminatoires qui prennent la forme d’ateliers avec chorégraphies imposées. À la fin de cette étape ne restent que 20 danseuses ou danseurs (16 pour la saison 1) qui vont participer à la suite et être éliminés deux à deux (un garçon et une fille par semaine, puisqu’ils dansent à deux) à chaque émission sous le vote des téléspectateurs jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux finalistes, dont le gagnant. Le gagnant de l’émission est donc élu « danseuse/danseur préféré(e) des Américains ». Le vote des téléspectateurs n’est pas l’unique mode de sélection :
il y a un jury composé de 4 personnes, généralement N. Lythgoe (le producteur exécutif qui connaît aussi bien la danse, il pratique en particulier les claquettes), un spécialiste des danses en couple (généralement M. Murphy qui fait de la danse sportive), un spécialiste de la danse contemporaine/moderne (là, ça varie selon les saisons, mais M. Michaels est souvent là) et enfin un chorégraphe d’une autre discipline qui varie selon les émissions (hip-hop, krump, etc.) voire même dans la dernière saison une célébrité de type guest star (il y a eu Lady Gaga ou Debbie Reynolds, bien connue pour sa prestation dans « Chantons sous la pluie » et d’autre films hollywoodiens). Sur l’ensemble d’une saison, de nombreux styles de danse sont chorégraphiés (il y a un tirage au sort du style en question pour chaque couple/duo de candidats) et on passe de la danse contemporaine, au hip-hop en passant pas la valse, le quickstep, la salsa ou encore la danse bollywood ou le disco. Bref, un spectacle très complet où les chorégraphes rivalisent d’inventivité pour mettre en valeur les talents des différents candidats danseurs. Une fois la saison achevée, une tournée est organisée avec les 10 meilleurs danseurs de l’émission et le vainqueur se voir offrir le fait de participer à de prestigieux spectacles
(comme, une année, de faire partie des danseurs de Céline Dion à Las Vegas) et une somme d’argent. Ajoutons que les sélections de la saison 9 sont actuellement en cours dans cinq grandes villes américaines. Voilà donc pour ce qui se passe aux USA… Et en France ?
Dans la version canadienne, il y a au moins en permanence Jean-Marc Généreux (qui est décidément partout puisqu’il a participé à SYTYCD USA et à Danse avec les stars en France) et, ponctuellement, Mary Murphy (de SYTYCD USA). Je trouve cette situation paradoxale puisque les chorégraphies, qu’elles soient contemporaines, hip-hop ou de danse sportive, seront toutes effectuées en couple par les candidats-danseurs. Et il est certain qu’on ne danse pas en solo comme on danse à deux. L’émission doit trouver ses marques, nous verrons donc si le dispositif évolue au fil des émissions (et peut-être des saisons). Enfin, sur ces aspects d’organisation, la présentation est faite par Benjamin Castaldi qui, contrairement à son habitude, reste sobre et, je crois, professionnel (nonobstant un petit bafouillage malheureux lors de l’annonce de la « mise en danger » de deux candidats lors de l’émission 3 pour faire durer le suspens).
Il ne faut pas oublier que l’émission ne va pas élire le meilleur danseur, mais le danseur préféré des téléspectateurs français avec l’exercice imposé de pouvoir faire du spectaculaire sur une variété de styles. C’est l’effet un peu pervers du vote du public qui est néanmoins tempéré par le repêchage opéré par le jury à chaque fin d’émission. Il s’agit bien d’une émission de télévision et non de la retransmission d’une compétition académique… Côté esthétique, j’ai trouvé jusqu’ici la réalisation un peu gênante au niveau du cadrage des chorégraphies. Le réalisateur et les cameramen feront sûrement des progrès avec la pratique. Il est dommage de couper fréquemment les pieds de danseurs qui dansent avec tout leur corps… Enfin, j’ai un problème avec le choix de certaines musiques, comme par exemple le fait de faire faire un quickstep sur « La groupie du pianiste » de Michel Berger. Ca ne colle vraiment pas ! Cela a été visiblement handicapant pour les concurrents. D’accord pour un peu de modernité, mais il ne faut pas pousser trop loin. Cela semble être dû à une volonté de donner une image plus jeune des danses de salon et je pense que cela les dénature plutôt dans ce cas. J’avais d’ailleurs fait cette même remarque pour certains numéros de « Danse avec les stars » sur TF1.
Ne croyez pas que je sois négatif en lisant ce que j’ai écrit jusqu’ici (tout n’est d’ailleurs pas négatif… et en plus j’aime bien les critiques constructives). Je suis au contraire content de l’arrivée en France de « You Can Dance », dont le concept est excellent à la base (contrairement à d’autres émissions dont j’ai déjà parlé dans ce blog). Il y a des danseurs de bon niveau, la mécanique de l’émission américaine fonctionne plutôt bien (même si les équipes françaises doivent se l’approprier encore un peu), des profils variés et atypiques sont mis en lumière et la France découvre que l’on peut danser à deux de jolie façon sans pour autant se cantonner aux danses de salon. Bref, cela fait un joli spectacle à regarder le jeudi soir en prime time. Pourtant, pour avoir vu toutes les émissions des 8 saisons de l’édition américaine, je trouve que l’édition française doit encore progresser pour arriver au niveau de ce qui se fait outre-Atlantique. Par ailleurs et d’un point de vue très personnel, j’espère que l’édition française saura introduire des danses en couple que j’aime beaucoup comme le lindy hop, la salsa ou encore le rock (qui est quand-même une manière de danser typiquement française !). Avec des danses comme le rock (ou — pourquoi pas? — la java ou la valse musette), il y aurait une vraie originalité et un plus par rapport à ce qui se fait outre-Atlantique.